RDC et Ouganda : Starlink face aux défis régulatoires et politiques

RDC et Ouganda : Starlink face aux défis régulatoires et politiques
RDC et Ouganda : Starlink face aux défis régulatoires et politiques

Starlink, la solution satellite d’Elon Musk, ambitionne de combler le fossé numérique en RDC et en Ouganda, mais se heurte à des obstacles réglementaires et politiques.

  • RDC : Après une interdiction en 2024 pour des raisons de sécurité nationale liées au M23, Starlink a obtenu une licence en mai 2025. Ses tarifs compétitifs (1 130 000 FC pour le kit standard, environ 389 $) visent à connecter des zones rurales encore massivement déconnectées.
  • Ouganda : Malgré un soutien initial du président Museveni, Starlink a suspendu ses services en janvier 2026 faute de licence officielle, sur fond de pressions administratives et d’élections imminentes.

Les deux pays illustrent des approches divergentes : la RDC mise sur la connectivité rurale malgré des craintes sécuritaires, tandis que l’Ouganda reste freiné par des enjeux politiques et le poids des opérateurs locaux comme MTN et Airtel.

Quelles leçons tirer de ces expériences contrastées ? Starlink devra naviguer entre diplomatie locale et exigences administratives pour s’imposer comme une alternative viable face aux infrastructures traditionnelles.

1. RDC (République Démocratique du Congo)

Approbations réglementaires

Avant de pouvoir opérer en RDC, Starlink a dû se conformer à des exigences strictes imposées par le gouvernement. Cela incluait la création d’une filiale locale, Starlink DRC S.A., pour obtenir une licence délivrée par l’Autorité de Régulation de la Poste et des Télécommunications du Congo (ARPTC). Le processus de régularisation comprenait des spécifications techniques précises et des contrôles de sécurité approfondis.

En mars 2025, une rencontre décisive entre le ministre des PTNTIC, Augustin Kibassa Maliba, et des représentants de Starlink à Washington a permis de finaliser les modalités administratives. Cela a conduit à l’obtention de la licence en mai 2025.

Les tarifs proposés par Starlink (1 130 000 FC pour le kit standard, 575 000 FC pour le kit Mini et 144 000 FC pour l’abonnement mensuel) en font une option compétitive face aux 33 fournisseurs d’accès internet déjà présents dans le pays. Cependant, ces démarches administratives n’ont pas été sans obstacles, notamment sur le plan politique.

Défis politiques

L’arrivée de Starlink en RDC a mis en lumière des préoccupations liées à la sécurité nationale. Les autorités militaires redoutaient que le groupe rebelle M23, soutenu par le Rwanda, puisse exploiter la technologie satellite, difficile à surveiller, pour coordonner ses opérations. Ces craintes ont conduit à une interdiction temporaire de Starlink, qui a duré 14 mois.

Des négociations diplomatiques intensives ont finalement permis de lever cette interdiction. L’ARPTC a alors annoncé :

Starlink est désormais autorisé à opérer en République Démocratique du Congo en tant que fournisseur de services internet, suite à la régularisation de sa situation administrative.

Cette décision reflète un compromis entre les préoccupations sécuritaires et le besoin urgent de moderniser les infrastructures numériques du pays.

Dynamiques du marché

Le marché internet en RDC illustre un déséquilibre frappant. En 2023, on recensait 29,9 millions d’abonnés à l’internet mobile, contre seulement 23 267 abonnés à l’internet fixe. Cela équivaut à un taux de pénétration de 0,024 % pour le fixe, comparé à 31,49 % pour le mobile. Ce fossé s’explique par des infrastructures terrestres insuffisantes dans un pays immense, marqué par des décennies de conflits.

Starlink arrive à point nommé, notamment pour les zones rurales encore largement déconnectées. Christian Katende, président de l’ARPTC, a déclaré :

Starlink pourrait jouer un rôle transformateur pour combler la fracture numérique au Congo.

Avec des projections estimant 15 millions de nouveaux abonnés à l’internet mobile entre 2025 et 2030, le marché congolais, qui a généré 599,1 millions de dollars de revenus en 2023, représente une opportunité considérable.

Impacts sur la connectivité

Face à ces dynamiques, l’impact potentiel de Starlink devient clair. Le gouvernement espère tirer parti de cette technologie satellitaire pour connecter rapidement des écoles et des centres de santé dans des régions isolées.

Pour la société civile, l’arrivée de Starlink pourrait également mettre fin aux pratiques monopolistiques des opérateurs traditionnels, tout en stimulant la concurrence. Avec un délai de livraison de deux semaines et une période d’essai de 30 jours sans engagement ni limite de données, Starlink offre une alternative concrète aux infrastructures existantes.

2. Ouganda

Approbations réglementaires

En Ouganda, Starlink n’a pas encore obtenu de licence officielle (au 2 février 2026). La Commission ougandaise des communications (UCC) a exigé l’arrêt des services dès le 1ᵉʳ janvier 2026, invoquant l’absence d’autorisation légale. Jusque-là, certains utilisateurs avaient contourné la réglementation en important des terminaux depuis des pays où Starlink est autorisé.

La situation s’est compliquée le 19 décembre 2025, lorsque l’Autorité fiscale ougandaise (URA) a imposé une nouvelle exigence : tout équipement Starlink doit désormais recevoir une autorisation écrite du Chef d’État-Major des Forces de Défense avant son dédouanement. Ben MacWilliams, responsable de l’accès au marché chez Starlink, a déclaré :

Starlink Uganda lui-même ne vend ni ne commercialise de services internet par satellite en Ouganda, car il n’est pas encore autorisé par l’UCC.

Défis politiques

Cette suspension a été mise en place seulement deux semaines avant les élections générales du 15 janvier 2026, un timing qui suscite des questions. Cela rappelle une coupure d’internet de quatre jours survenue lors des élections de 2021, un épisode vivement critiqué par l’opposition, notamment par Robert Kyagulanyi (Bobi Wine).

Dans ce contexte, le président Yoweri Museveni a mentionné :

J’ai été en discussions avec Elon Musk. Nous étudions si le satellite peut désormais être moins cher que la fibre souterraine.

Cette déclaration met en lumière des négociations en cours, axées sur les coûts et le contrôle de l’infrastructure numérique. Ces enjeux reflètent également le rôle du gouvernement dans un marché dominé par des acteurs locaux comme MTN et Airtel.

Dynamiques du marché

Le paysage internet en Ouganda est largement contrôlé par MTN Uganda et Airtel Uganda. Avec un taux de pénétration d’environ 27 %, le pays fait face à des défis bien connus : des coûts élevés, une couverture limitée dans les zones rurales et une fiabilité inégale.

Depuis le 1ᵉʳ janvier 2026, Starlink a bloqué techniquement tous les terminaux actifs en Ouganda, conformément à la directive de l’UCC. Cette mesure accentue encore les difficultés d’accès à une connectivité fiable pour de nombreux habitants.

Impacts sur la connectivité

Les tensions réglementaires et politiques freinent l’accès à une meilleure connectivité en Ouganda. Contrairement à la RDC, où Starlink a obtenu une autorisation, l’Ouganda reste dans un flou juridique qui empêche le déploiement de cette technologie. Pourtant, le potentiel de Starlink pour améliorer l’accès internet dans les zones reculées est reconnu, même par le président Museveni.

Pendant ce temps, Airtel Africa a annoncé un projet ambitieux : à partir de 2026, l’entreprise prévoit de fournir une couverture satellite directe aux téléphones mobiles dans 14 pays africains, une initiative qui pourrait remodeler l’accès à internet sur le continent.

Avantages et inconvénients

Starlink en RDC vs Ouganda : comparaison réglementaire et tarifaire

Starlink en RDC vs Ouganda : comparaison réglementaire et tarifaire

En résumé, les situations en République démocratique du Congo (RDC) et en Ouganda présentent des contextes bien différents pour le déploiement de Starlink. En RDC, l’entreprise a obtenu son autorisation en mai 2025 grâce à la création de Starlink DRC S.A., offrant une opportunité dans un pays où près de 70 % de la population reste sans accès à Internet.

En revanche, en Ouganda, bien que le président soutienne l’idée d’un accès Internet abordable pour les régions reculées, le processus d’attribution de licences reste bloqué. Voici un tableau comparatif des principaux points distinctifs entre les deux pays :

Facteur RDC Ouganda
Statut réglementaire Autorisation obtenue depuis mai 2025 Licence toujours en attente d’approbation
Obstacle principal Préoccupations sécuritaires dues à la rébellion M23 Retards administratifs et pression des opérateurs locaux
Climat politique Levée de l’interdiction après des négociations diplomatiques Soutien présidentiel, mais processus réglementaire non abouti
Coût du kit standard 1 130 000 francs congolais (≈389 $) Information non disponible
Abonnement mensuel 144 000 francs congolais (≈50 $) Information non disponible
Dynamique du marché Zones rurales vastes avec peu d’infrastructures Duopole dominé par MTN et Airtel, avec des tarifs élevés

En RDC, le coût du kit standard, estimé à 1 130 000 francs congolais, reste élevé pour une population où le taux de pénétration Internet est limité à 30,6 %. Malgré cela, l’ACAJ prévoit que l’arrivée de Starlink pourrait réduire l’influence des monopoles actuels sur le marché.

Conclusion

Les trajectoires opposées de Starlink en RDC et en Ouganda mettent en lumière les défis complexes du déploiement technologique en Afrique. En RDC, l’autorisation obtenue en mai 2025, après une interdiction initiale, illustre comment une diplomatie active peut surmonter des blocages réglementaires. En revanche, en Ouganda, malgré un soutien présidentiel, des obstacles subsistent, souvent alimentés par l’influence des opérateurs historiques, ralentissant ainsi l’adoption de nouvelles technologies.

Ces situations soulignent une tension récurrente entre les préoccupations de sécurité nationale et le besoin de connectivité. En RDC, par exemple, les autorités redoutent que des connexions satellites incontrôlées puissent être utilisées par des groupes rebelles comme le M23. Cependant, ces restrictions contribuent également à maintenir les zones rurales dans l’exclusion numérique, où les infrastructures fixes sont presque inexistantes.

Pour surmonter ces obstacles, une approche collaborative est essentielle. Les entreprises technologiques, comme Starlink, devraient privilégier des partenariats locaux et des solutions adaptées, telles que la création de filiales locales (par exemple, Starlink DRC S.A.) ou des projets pilotes permettant aux autorités d’avoir une visibilité sur le trafic satellite. De leur côté, les régulateurs devraient établir des cadres de licences clairs et équilibrés, évitant les interdictions drastiques tout en garantissant une surveillance adéquate.

L’expérience montre également que l’implication directe des chefs d’État peut jouer un rôle décisif pour débloquer des situations complexes. En Ouganda, le soutien du président reflète une volonté politique d’améliorer l’accès à Internet dans les zones reculées.

Cette dynamique ouvre des opportunités pour des partenariats locaux stratégiques. Les startups et entreprises locales pourraient collaborer avec des acteurs comme Starlink pour étendre la couverture dans les régions rurales. Plutôt que de préserver des monopoles, les opérateurs historiques pourraient s’associer à ces nouveaux entrants pour répondre aux besoins croissants en connectivité. Une telle coopération pourrait non seulement réduire la fracture numérique mais aussi soutenir les économies locales en créant des emplois et en stimulant l’innovation.

FAQs

Starlink se heurte à des obstacles réglementaires et politiques en République Démocratique du Congo (RDC) et en Ouganda, compliquant son déploiement.

En RDC, le service a d’abord été interdit en mars 2024. Cette décision était motivée par des préoccupations liées à la sécurité nationale, notamment la difficulté pour les autorités de surveiller les communications via satellite. Une telle technologie pourrait, selon elles, être exploitée par des groupes rebelles. Bien que cette interdiction ait été levée par la suite, elle a considérablement ralenti le lancement du service dans le pays.

En Ouganda, la situation est différente mais tout aussi complexe. Malgré des discussions entre Starlink et le gouvernement, l’entreprise n’a pas encore obtenu de licence officielle. Ces retards mettent en lumière des complications dans les procédures d’approbation et de conformité aux réglementations locales.

Ces défis freinent l’accès à une connectivité internet plus performante dans ces deux pays, un problème qui touche directement les entreprises, les startups et les consommateurs, tous en quête de solutions fiables pour l’internet haut débit.

Starlink pourrait changer la donne pour l’accès à Internet dans les régions rurales de la République démocratique du Congo (RDC). Là où les infrastructures terrestres sont limitées, voire inexistantes, cette technologie offre une solution rapide et performante. Avec ses satellites en orbite basse, Starlink peut fournir une connexion Internet à haut débit et à faible latence, même dans les zones les plus isolées, souvent négligées par les réseaux traditionnels.

Actuellement, seulement 22 % de la population congolaise a accès à Internet. Cette situation met en évidence une fracture numérique importante. Starlink pourrait contribuer à réduire cet écart en ouvrant de nouvelles perspectives dans des domaines essentiels comme l’éducation, la santé et l’économie. En éliminant la nécessité de dépendre des infrastructures physiques, cette technologie pourrait permettre un accès plus large et équitable au numérique.

En outre, cette solution pourrait stimuler le développement économique dans les zones reculées et améliorer la qualité de vie des populations rurales. En facilitant l’accès à des ressources et opportunités jusqu’alors hors de portée, Starlink pourrait jouer un rôle clé dans la création d’une croissance plus inclusive.

L’Ouganda n’a pas encore accordé de licence à Starlink, et cela s’explique principalement par des préoccupations de sécurité nationale. Les autorités redoutent que cette technologie puisse être utilisée à des fins malveillantes par des groupes rebelles, notamment le M23. Ces inquiétudes ont même conduit à une interdiction temporaire en mars 2024.

Une décision concernant la licence est attendue pour mai 2025. Cependant, ce délai reflète les complexités politiques et réglementaires auxquelles Starlink doit faire face pour s’implanter dans le pays. Cette situation illustre bien les tensions entre l’arrivée de nouvelles technologies et la nécessité de garantir la sécurité dans une région marquée par des défis géopolitiques.

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Ecrit par Arnaud Makanda

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