L’intelligence artificielle (IA) redéfinit rapidement les économies mondiales, et l’Afrique ne fait pas exception. Cet article explore les dix pays africains les plus avancés dans leur préparation à l’économie de l’IA, en se basant sur des critères tels que l’infrastructure numérique, le capital humain, l’innovation technologique et les cadres juridiques. Voici un aperçu des leaders :
- Afrique du Sud : Leader avec des centres de données avancés et des politiques ambitieuses.
- Égypte : Seule nation africaine dans le top 50 mondial pour la préparation à l’IA.
- Nigeria : Progression rapide grâce à une jeune population et un écosystème entrepreneurial actif.
- Algérie : Objectif de 7 % du PIB lié à l’IA d’ici 2027, avec des infrastructures en expansion.
- Maroc : Investissements massifs dans des centres de données et une stratégie IA ambitieuse.
- Kenya : Adoption élevée de l’IA et investissements dans des centres de données alimentés par des énergies renouvelables.
- Éthiopie : Focus sur la souveraineté numérique et les compétences locales.
- Ghana : Projets d’infrastructures majeurs et partenariats internationaux.
- Côte d’Ivoire : Développement d’une infrastructure souveraine et soutien aux startups.
- Angola : Débuts prometteurs malgré des défis en matière d’infrastructure.
Les entreprises comme Microsoft jouent un rôle clé, avec des investissements massifs pour démocratiser l’accès à l’IA en Afrique. Cependant, des défis subsistent, notamment en termes de puissance de calcul et de formation des talents. L’Afrique a un potentiel énorme pour devenir un acteur majeur de l’IA mondiale.

Top 10 African Countries Ready for AI Economy: Comparative Analysis
African Union Journal – L’IA, catalyseur d’opportunités pour l’Afrique
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1. Afrique du Sud
L’Afrique du Sud s’affirme comme le pays leader en Afrique dans le domaine de l’économie basée sur l’IA. En mars 2025, Microsoft a annoncé un nouvel investissement de 5,4 milliards de rands (environ 296,81 millions de dollars) pour renforcer son infrastructure cloud et IA d’ici fin 2027, portant ainsi son engagement total à environ 25,8 milliards de rands.
Infrastructure numérique
Depuis 2019, l’Afrique du Sud dispose de centres de données de classe mondiale situés à Johannesburg et au Cap. En juin 2025, Cassava Technologies a mis en place une installation de 3 000 GPU, la plus grande du continent, pour lancer un service de GPU-as-a-Service (GPUaaS) en réseau. Brad Smith, président de Microsoft, a souligné l’importance des infrastructures avec ces mots :
« Tout comme vous ne pouvez pas avoir d’électricité sans centrale électrique, vous ne pouvez pas avoir d’IA sans centres de données ».
Ces infrastructures permettent de développer des modèles et applications IA spécifiquement conçus pour répondre aux besoins du marché africain. Elles offrent également une base solide pour des politiques d’innovation.
Politiques gouvernementales
En 2024, le gouvernement sud-africain a dévoilé un projet de Cadre national de politique d’intelligence artificielle, visant à positionner le pays comme un acteur majeur de l’IA. Le Plan national d’IA prévoit des investissements de 70 milliards de rands (environ 3,7 milliards de dollars) d’ici 2030, avec des objectifs ambitieux : créer entre 100 et 300 startups IA et former 5 000 spécialistes. De plus, en mars 2025, Microsoft et le gouvernement ont lancé une initiative nationale pour former 1 million de Sud-Africains aux compétences en IA, apprentissage automatique et cybersécurité d’ici 2026. En 2024, plus de 150 000 personnes avaient déjà bénéficié de formations numériques, et 95 000 ont obtenu des certifications.
Adoption technologique
Grâce à ces infrastructures et politiques, l’adoption technologique progresse rapidement dans les secteurs public et privé. Par exemple, en mars 2025, le Service des revenus sud-africain (SARS) a utilisé l’IA pour pré-remplir les déclarations fiscales de 5 millions de contribuables. Cela a permis de réduire le délai de remboursement à seulement trois jours et d’accélérer les évaluations manuelles à moins de cinq secondes. Un chatbot alimenté par Azure OpenAI a également fourni 300 000 réponses personnalisées aux contribuables. Du côté privé, SPAR a intégré Microsoft 365 Copilot, atteignant un taux d’utilisation de 67 % parmi ses employés. Cela a permis d’économiser environ 715 heures de travail (soit 89 jours ouvrables) et a amélioré la productivité de 93 % des utilisateurs.
Écosystème d’innovation
L’Afrique du Sud se classe 36e au niveau mondial selon le Global AI Vibrancy Tool 2025, ce qui place le pays dans les 20 % les plus performants. Des startups comme Lelapa AI participent à cette dynamique en développant des modèles linguistiques multilingues pour les langues africaines. Leur projet « InkubaLM » est le premier petit modèle dédié à la traduction et à la transcription pour l’isiXhosa et l’isiZulu. Le pays abrite également des centres de recherche majeurs comme le Wits MIND Institute, financé initialement à hauteur de 3,3 millions de dollars, et le Centre for Artificial Intelligence Research (CAIR), qui regroupe neuf groupes de recherche dans huit universités.
L’écosystème sud-africain constitue un exemple inspirant pour le reste du continent, montrant comment l’IA peut transformer les économies locales et ouvrir de nouvelles perspectives.
2. Égypte
L’Égypte se positionne comme un leader en Afrique dans le domaine de l’intelligence artificielle (IA), avec un score de 55,63 points dans l’indice Oxford Insights Government AI Readiness 2024. À l’échelle mondiale, elle occupe la 47e place dans le Global AI Index 2025, étant la seule nation africaine à figurer dans le top 50.
Infrastructure numérique
L’Égypte est l’un des quatre principaux hubs technologiques en Afrique, aux côtés de l’Afrique du Sud, du Kenya et du Nigeria. Ces quatre pays représentent ensemble près de 50 % de la capacité des centres de données opérationnels et en projet sur le continent. Sur les 121 centres de données actifs et 49 en cours de développement en Afrique, une part significative se trouve en Égypte. Cette concentration d’infrastructures permet de réduire la latence et les coûts, facilitant ainsi l’adoption locale de l’IA. Une telle base technologique offre à l’Égypte un avantage compétitif et soutient les ambitions de sa stratégie nationale.
Stratégie gouvernementale
Le gouvernement égyptien a dévoilé une Stratégie nationale d’IA 2025-2030, axée sur six domaines clés : Gouvernance, Technologie, Données, Infrastructure, Écosystème et Talent. L’Égypte a obtenu un score parfait de 100 points dans le pilier « Capacité politique » de l’indice 2025, se classant au même niveau que le Royaume-Uni, la Serbie et l’Australie. Entre 2019 et 2024, le pays a grimpé de 46 places dans les classements mondiaux de préparation à l’IA.
En janvier 2026, le ministère des Communications et des Technologies de l’Information a présenté « Karnak », un modèle linguistique en arabe, lors de l’événement Ai Everything MEA. Ce projet marque une avancée vers une IA souveraine développée localement. Le ministre Amr Talaat a résumé cette ambition en déclarant :
« L’intelligence artificielle n’est pas simplement une avancée technologique – c’est une force de transformation qui façonne l’avenir de nos économies, de nos sociétés et de nos institutions ».
Cette stratégie s’accompagne d’une volonté claire de développer les compétences humaines nécessaires pour soutenir ces ambitions.
Formation et développement des compétences
L’Égypte s’est fixé l’objectif de former 30 000 spécialistes en IA et de soutenir plus de 250 startups d’ici 2030. En février 2026, un programme de renforcement des capacités en IA a été lancé au siège du PNUD au Caire, en collaboration avec la GSMA. Cet événement, dirigé par Chitose Noguchi (PNUD) et Jawad Abbassi (GSMA), a réuni des décideurs politiques et régulateurs d’Égypte, de Libye, du Soudan, de Tanzanie et de Jordanie.
En parallèle, les universités égyptiennes, comme l’Université du Caire, Ain Shams et Alexandrie, ont introduit des programmes spécialisés en IA. Ces initiatives visent également à inclure les diplômés des écoles techniques, diversifiant ainsi les profils et élargissant le vivier de talents disponibles.
3. Nigeria
Le Nigeria, à l’image de l’élan observé en Égypte, s’affirme comme un acteur majeur en intelligence artificielle (IA) en Afrique. Le pays a bondi de la 103e place en 2023 à la 72e en 2025 dans l’indice Oxford Government AI Readiness. Avec une 35e position mondiale en capacité politique liée à l’IA, il dépasse même plusieurs nations développées. Ce progrès repose sur une population jeune de 240 millions de personnes et un écosystème entrepreneurial dynamique.
Infrastructure numérique
Le Nigeria abrite plus de 20 centres de données actifs, dont environ deux tiers sont situés à Lagos. En 2025, la capacité totale atteignait 56,1 MW, et le secteur du cloud computing devrait passer de 1,03 milliard de dollars en 2025 à 3,28 milliards de dollars en 2030, avec une croissance annuelle de 26 %. En octobre 2025, Equinix a annoncé un investissement de 140 millions de dollars pour étendre ses opérations au Nigeria, citant l’IA comme un moteur clé de cette expansion. Wole Abu, directeur général d’Equinix pour l’Afrique de l’Ouest, a déclaré :
« Alors que le Nigeria travaille à atteindre son objectif ambitieux de 70 % d’alphabétisation numérique d’ici 2027, le nombre d’utilisateurs générant des données augmentera considérablement et nécessitera des services améliorés par l’IA ».
Cependant, des défis persistent. Plus de 300 startups nigérianes spécialisées en IA doivent encore former leurs modèles dans des centres de données étrangers, faute d’infrastructures locales adaptées. L’instabilité électrique est un autre obstacle majeur : le réseau national ne fournit que 4 000 à 5 800 MW pour une population de plus de 220 millions d’habitants, loin derrière les 48 GW de l’Afrique du Sud. Pour pallier ce problème, les opérateurs misent sur des sources d’énergie indépendantes, notamment le gaz naturel et des solutions hybrides intégrant l’énergie solaire.
Stratégie gouvernementale et cadre réglementaire
En août 2024, le gouvernement nigérian a présenté une Stratégie nationale d’intelligence artificielle (NAIS), articulée autour de cinq axes : infrastructure, développement de l’écosystème, adoption sectorielle, IA responsable et gouvernance. Un projet de loi sur l’économie numérique et la gouvernance électronique, prévu pour mars 2026, introduira des normes strictes pour l’IA et renforcera le rôle de supervision de l’Agence nationale de développement des technologies de l’information (NITDA). Les infractions pourraient être lourdement sanctionnées.
Lors de la 80e Assemblée générale des Nations Unies en septembre 2025, le Nigeria a dévoilé N-ATLAS (Nigerian Atlas for Languages & AI at Scale), un modèle linguistique multilingue open source. Développé par Awarri, DataDotOrg, NITDA et NCAIR, avec la participation de 7 000 contributeurs du programme 3MTT, N-ATLAS utilise plus de 400 millions de tokens et prend en charge des langues locales comme le yoruba, le haoussa et l’igbo, ainsi que l’anglais avec un accent nigérian. Le ministre Bosun Tijani a affirmé :
« N-ATLAS est plus qu’un modèle linguistique ; c’est un engagement national envers l’unité, l’inclusion et la contribution mondiale ».
Adoption technologique et écosystème startup
Les startups nigérianes s’orientent de plus en plus vers le développement de solutions IA locales. Début 2026, InvoChat (AIforSME) a lancé une solution de facturation via WhatsApp, tandis que The AI Collective, dirigé par Data Science Nigeria et financé à hauteur de 1,5 million de dollars par Luminate, soutient un écosystème IA diversifié. Dans le domaine de la fintech, l’IA est largement utilisée pour détecter les fraudes et évaluer les risques. Le Nigeria devrait capter 43 % des 136 milliards de dollars de gains de productivité liés à l’IA prévus pour l’Afrique d’ici 2030.
Formation et développement des compétences
Le gouvernement vise à équiper 70 % des jeunes Nigérians avec des compétences en IA, dans le cadre d’une stratégie nationale ambitieuse. L’initiative AI National Skills Initiative (AINSI) prévoit de former un million de Nigérians à l’IA sur trois ans. En décembre 2025, plus de 350 000 personnes avaient déjà bénéficié de cette formation.
En janvier 2026, le ministre Bosun Tijani a inauguré le Centre national d’excellence en IA à l’Université de Jos, dans l’État de Plateau. Cette démarche vise à étendre l’innovation au-delà des grands centres comme Lagos et Abuja. Ces efforts s’inscrivent dans une vision plus large de préparation à une économie axée sur l’IA, renforçant la position du Nigeria comme acteur clé en Afrique dans ce domaine.
4. Algérie
L’Algérie s’est fixée un objectif ambitieux : faire en sorte que l’intelligence artificielle (IA) représente 7 % de son PIB d’ici 2027. Cette ambition repose sur une Stratégie nationale d’intelligence artificielle (2024–2030), dévoilée en septembre 2024. Elle s’articule autour de six axes principaux : la recherche, l’innovation, l’éducation, le soutien aux startups, les infrastructures numériques, ainsi que l’application de l’IA dans des secteurs prioritaires comme l’agriculture et la santé.
Infrastructure numérique
En mars 2025, Sid Ali Zerrouki, ministre des Postes et Télécommunications, a inauguré le chantier du premier centre de calcul haute performance dédié à l’IA à Oran, dans le quartier Akid Lotfi. Ce centre, équipé de processeurs GPU de pointe, vise à offrir aux chercheurs et startups locaux les ressources nécessaires pour développer des modèles d’IA dans des domaines clés tels que la santé et la cybersécurité. Quelques mois plus tard, en juillet 2025, l’École nationale supérieure d’intelligence artificielle (ENSIA) à Alger a ouvert son propre centre de calcul haute performance, doté de processeurs NVIDIA H100, L40S et A40.
Le ministre a souligné l’importance de ces infrastructures :
« Cette infrastructure stratégique vise à offrir la capacité de calcul intensive nécessaire au développement de l’IA et renforcer la souveraineté numérique ».
En parallèle, pour renforcer son autonomie technologique, l’Algérie collabore avec Huawei pour construire de nouveaux centres de données à Mohammadia et Blida. Avec un réseau impressionnant de 265 000 km de fibre optique déjà en place, le pays dispose d’une base solide pour soutenir ses ambitions numériques. Ces initiatives infrastructurelles témoignent d’une volonté claire d’accélérer le développement technologique et de soutenir l’écosystème des startups.
Stratégie gouvernementale et soutien aux startups
Le gouvernement algérien s’est fixé un objectif audacieux : créer 20 000 startups dans le cadre de sa transformation numérique. Pour encourager l’innovation, Algérie Télécom a lancé un fonds d’investissement de 11 millions de dollars (1,5 milliard de dinars), destiné à soutenir les startups actives dans les domaines de l’IA, de la cybersécurité et de la robotique.
Le professeur Merouane Debbah, président du Conseil scientifique pour l’intelligence artificielle, a déclaré :
« Cette stratégie nous permettra de fournir des solutions d’IA fabriquées en Algérie et ainsi réduire la dépendance aux technologies étrangères ».
L’Algérie mise également sur la diversification de ses partenariats internationaux. En collaborant avec des pays comme les États-Unis, la Chine, l’Italie et la France, elle cherche à éviter une dépendance excessive envers un seul fournisseur. En novembre 2024, l’ENSIA a signé un partenariat avec l’Université Notre Dame (USA), financé par l’ambassade américaine à Alger, pour renforcer la recherche et le mentorat des doctorants algériens. Ces collaborations internationales, combinées aux initiatives locales, renforcent la stratégie globale du pays en matière de souveraineté numérique.
Formation et développement des compétences
La formation est un pilier central de la stratégie algérienne. Actuellement, 74 programmes de master en IA sont proposés dans 52 universités, accueillant 57 702 étudiants. En outre, le pays a créé trois universités spécialisées dans les domaines de l’IA, de la robotique et des mathématiques. Pour élargir l’accès aux compétences, des « Scale Centers » ont été mis en place. Ces centres offrent des formations gratuites et continues en IA, en cloud computing et en cybersécurité, particulièrement destinées aux jeunes en dehors du système universitaire classique.
Selon les prévisions, le marché algérien de l’IA pourrait atteindre 1,69 milliard de dollars d’ici 2030, avec un taux de croissance annuel de 27,67 %. Grâce à ces efforts soutenus, l’Algérie se positionne comme un acteur majeur de la transformation numérique en Afrique du Nord.
5. Maroc
Le Maroc ambitionne que l’intelligence artificielle contribue à hauteur de 100 milliards de dirhams (10 milliards de dollars) à son PIB d’ici 2030, grâce à la feuille de route « Maroc IA 2030 », lancée en janvier 2026. Cette stratégie met en avant la souveraineté technologique, le développement des compétences locales et l’innovation sous le label « AI Made in Morocco ». Pour y parvenir, le pays investit considérablement dans des infrastructures numériques avancées.
Infrastructure numérique et centres de données
Avec sa position stratégique à seulement 15 km de l’Europe et ses multiples câbles sous-marins, le Maroc se positionne comme un hub de centres de données pour l’Europe. La capacité prévue atteint 2 GW, surpassant largement les moins de 500 MW cumulés des cinq plus grands marchés africains. Le Maroc devrait ainsi représenter 35 % de la nouvelle capacité énergétique des centres de données en Afrique.
En novembre 2025, le gouvernement a signé un accord pour construire « Igoudar Dakhla », un centre de données nouvelle génération de 500 MW, entièrement alimenté par une ferme solaire et éolienne dédiée, dans la région de Dakhla-Oued Eddahab. D’autres projets, comme ceux de Naver (en collaboration avec Nvidia) et d’Iozera (investissement de 500 millions de dollars), prévoient des centres de 500 MW et 386 MW dans la région de Tétouan.
Stratégie gouvernementale et écosystème des startups
Le gouvernement marocain accompagne cette transformation par une stratégie ambitieuse. Un budget de 11 milliards de dirhams (1,2 milliard de dollars) est dédié au plan de transformation numérique 2024-2026, avec des objectifs comme la création de 240 000 emplois numériques et la formation de 200 000 diplômés aux compétences en IA. Un fonds de 1,3 milliard de dirhams soutient les startups technologiques, avec un objectif de 3 000 nouvelles entreprises d’ici 2030.
En janvier 2026, le ministère de la Transition numérique a signé un accord avec Mistral AI pour créer un laboratoire de recherche commun. Ce partenariat vise à développer des modèles d’IA adaptés au contexte marocain, notamment pour le dialecte Darija. La ministre Amal El Fallah Seghrouchni a déclaré :
« Le Maroc peut offrir, avec l’Afrique et le monde arabe, une troisième voix pour l’IA… Nous sommes entre les deux. Le Maroc peut promouvoir une IA éthique, responsable et frugale – une IA qui respecte la dignité et prend soin des populations ».
Adoption technologique dans les secteurs clés
Le Maroc illustre cette dynamique avec des startups innovantes. Par exemple, DeepEcho a obtenu l’autorisation FDA 510(k) pour son logiciel d’échographie prénatale basé sur l’IA. Yakeey, en partenariat avec Umnia Bank, a introduit le concept d’iBuying au Maroc, permettant des offres fermes en 48 heures. De son côté, Invirtus utilise l’IA pour automatiser la sélection de candidats techniques.
En juillet 2025, un protocole d’accord a été signé avec Onepoint pour établir un Centre d’Excellence en IA et données à Casablanca-Settat, créant 500 emplois qualifiés sur quatre ans. Oracle a également annoncé l’ouverture d’un centre de recherche à Casablanca, axé sur l’IA et la cybersécurité, avec 1 000 emplois prévus.
Formation et développement des compétences
Le réseau des instituts Al-Jazari, lancé en 2026, joue un rôle clé en connectant la recherche aux besoins économiques régionaux. Ces centres d’excellence en IA offrent des formations, soutiennent la recherche appliquée et incubent des startups pour renforcer l’écosystème local. Le marché marocain de l’IA, estimé à 4,51 milliards de dollars en 2025, devrait atteindre 16,5 milliards de dollars d’ici 2030. Grâce à ces initiatives, le Maroc s’affirme comme un acteur majeur de la transformation numérique en Afrique du Nord.
6. Kenya
Le Kenya, souvent appelé la « Silicon Savannah », se distingue par sa forte adoption de l’IA et une stratégie gouvernementale ambitieuse. En juillet 2025, il affichait le taux d’adoption de ChatGPT le plus élevé au monde, avec 42,1 % des internautes âgés de 16 ans et plus, soutenu par une pénétration des smartphones atteignant 92 %. Cette dynamique place le Kenya au cœur de l’économie de l’IA en Afrique.
Infrastructure numérique et centres de données
Sur les 19 centres de données du Kenya, dont 15 situés à Nairobi, seulement 2 sont adaptés aux besoins spécifiques de l’IA. Cependant, les choses évoluent rapidement. Avec 90 % de son électricité provenant de sources renouvelables, le pays a vu le lancement, en mai 2025, du tout premier centre de données dédié à l’IA en Afrique de l’Est par Safaricom et iXAfrica. De plus, Microsoft et G42 ont investi 1 milliard de dollars en mai 2024 pour construire un centre alimenté en énergie géothermique à Olkaria . Ce projet, considéré comme le plus grand investissement numérique privé de l’histoire du Kenya, abritera une nouvelle région cloud Azure pour l’Afrique de l’Est, prévue pour mai 2026. Brad Smith, vice-président de Microsoft, a déclaré :
« Cela représente le plus grand et le plus large investissement numérique de l’histoire du Kenya et reflète notre confiance dans le pays, le gouvernement, son peuple et l’avenir de l’Afrique de l’Est ».
Stratégie gouvernementale et politiques en matière d’IA
Le 27 mars 2025, le Kenya a dévoilé une stratégie quinquennale pour l’IA, avec un budget de 152 milliards de shillings kényans, dont 50 % sont dédiés aux infrastructures . Cette stratégie repose sur trois axes principaux : les infrastructures numériques (cloud et centres de données), la gouvernance et les écosystèmes de données, ainsi que la recherche et la commercialisation de l’IA.
Pour rendre l’IA accessible à tous, le gouvernement prévoit de déployer 1 450 hubs d’innovation numérique à travers le pays d’ici 2030 . William Gitau Kabogo, secrétaire de cabinet, a affirmé :
« Le Kenya ne sera pas spectateur ; nous serons les architectes de notre destin numérique ».
Ces initiatives témoignent d’une vision tournée vers l’innovation et la collaboration dans toute l’Afrique.
Adoption technologique et écosystème des startups
Le Kenya est classé 5e en Afrique pour sa préparation à l’IA, selon l’Organisation mondiale du commerce, et 4e pour la disponibilité des talents en IA, avec un score de 49,70. Les startups kényanes exploitent l’IA dans des domaines variés. Par exemple, Ilara Health utilise des scanners à ultrasons portables optimisés par l’IA pour améliorer les diagnostics médicaux, tandis qu’Amini combine IA et données satellites pour offrir des solutions d’assurance climatique aux agriculteurs. Dans le secteur bancaire, l’IA est intégrée pour la notation de crédit et la détection des fraudes .
Le pays s’est également affirmé comme un centre mondial de labellisation de données, avec des entreprises comme Sama qui entraînent des modèles d’IA génératifs pour des clients internationaux. Phyllis Migwi, directrice générale de Microsoft Kenya, a souligné :
« Le secteur technologique du Kenya a une belle histoire à raconter en matière d’adoption d’outils numériques avancés comme l’IA et l’apprentissage automatique ».
Formation et développement des compétences
Pour préparer sa main-d’œuvre à l’ère de l’IA, le Kenya a inauguré le Centre africain de compétences en numérique et IA en partenariat avec le PNUD et Microsoft. Ce centre vise à encourager l’innovation dans le secteur public. En parallèle, des partenariats entre le gouvernement et le secteur privé permettent de former des millions de Kényans aux compétences en IA et en cybersécurité .
Avec un potentiel économique estimé à 136 milliards de dollars d’ici 2030 pour le Kenya, le Ghana, le Nigeria et l’Afrique du Sud, le Kenya se positionne comme un acteur clé de la transformation numérique sur le continent.
7. Éthiopie
L’Éthiopie passe d’un rôle de simple utilisateur de technologies à celui d’acteur clé dans le domaine de l’IA. En février 2026, le pays a marqué une étape importante avec l’inauguration de l’AI UniPod (Artificial Intelligence University Innovation Pod) à Addis-Abeba. Ce centre de recherche et d’innovation a vu le jour grâce à une collaboration entre l’Institut éthiopien d’intelligence artificielle (EAII), l’Université d’Addis-Abeba et le PNUD, dans le cadre de l’initiative Timbuktoo. Lors de cet événement, Temesgen Tiruneh, vice-Premier ministre, a affirmé :
« Au XXIe siècle, la souveraineté signifie plus que des frontières, elle signifie posséder nos données, concevoir nos algorithmes et résoudre nos défis avec nos propres solutions. L’Éthiopie choisit de construire son avenir selon ses propres termes. »
Cette démarche reflète l’engagement du gouvernement, déjà visible dans les politiques mises en place depuis 2024.
Stratégie gouvernementale et politiques en matière d’IA
En juin 2024, l’Éthiopie a adopté sa première Politique nationale d’IA dans le cadre de la stratégie Digital Ethiopia 2030. Cette politique vise à encadrer le développement et l’utilisation de l’IA, avec une attention particulière à la gouvernance des données, au renforcement des compétences et à l’intégration dans des secteurs clés comme la santé, la finance et l’agriculture. En février 2026, le gouvernement a annoncé un investissement de 1 milliard de dollars pour établir une « AI Factory », un centre dédié à la recherche et à la production en IA. En parallèle, le financement de l’EAII a été augmenté de plus de 40 %. Une autre initiative ambitieuse prévoit la création de la première université africaine entièrement consacrée à l’IA, capable de former jusqu’à 1 000 experts chaque année.
Infrastructure et énergie verte
L’Éthiopie exploite son potentiel énergétique pour atteindre son objectif d’indépendance technologique. Avec 90 % de son électricité issue de sources renouvelables, le pays se positionne comme un futur hub pour une « IA verte ». En s’appuyant sur ses parcs industriels, l’Éthiopie développe la production de matériel dédié à l’IA tout en établissant des partenariats internationaux, notamment avec NVIDIA. De son côté, Microsoft s’est engagé à connecter 100 millions de personnes en Afrique aux services Internet et cloud grâce à un investissement de 50 milliards de dollars d’ici 2030.
Formation et développement des compétences
Pour soutenir cette transformation, l’Éthiopie investit massivement dans la formation de sa population. L’initiative « 5 Million Coders » a permis à des millions de jeunes d’acquérir des compétences en codage et en numérique. En outre, l’EAII organise des camps d’été et des formations spécialisées en apprentissage automatique, robotique et éthique de l’IA. En février 2026, le programme Frontier Tech Leaders a diplômé près de 100 professionnels après un bootcamp en apprentissage automatique, renforçant ainsi l’écosystème local de l’IA. Dans l’ensemble, environ 3 millions de citoyens ont bénéficié de formations via l’initiative Ethio-Coders. Par ailleurs, des entreprises privées comme le R&D Group ont formé des dizaines de milliers de jeunes, notamment des femmes, qui participent ensuite à la plateforme éthique « Annotate Plus » pour l’annotation de données.
8. Ghana
Le Ghana s’affirme comme un acteur clé dans le domaine de l’IA grâce à des infrastructures ambitieuses et des partenariats internationaux. En janvier 2026, un accord d’investissement de 1 milliard de dollars a été signé entre le gouvernement ghanéen et la Ports, Customs and Free Zone Corporation (PCFC) des Émirats arabes unis pour construire le plus grand hub d’innovation et d’IA intégré d’Afrique, situé à Ningo-Prampram. Ce projet inclut un centre de calcul IA (180 millions $), un centre de données hyperscale Tier IV (120 millions $) et un déploiement 5G (150 millions $). Les travaux devraient débuter en 2026, positionnant le Ghana comme un centre technologique stratégique, tout en stimulant l’écosystème des startups africaines. Ces investissements s’accompagnent d’une réforme des politiques publiques pour soutenir cette transformation.
Politiques gouvernementales et stratégies en matière d’IA
Avec ces investissements, le gouvernement ghanéen a lancé une Stratégie nationale d’IA (2023-2033) qui met l’accent sur la « puissance de calcul » comme priorité centrale. En mai 2024, le pays a adopté une Politique d’économie numérique, marquant une transition de la politique ICT4AD de 2003 vers un modèle centré sur les données et les technologies émergentes telles que l’IA, la blockchain et l’IoT. Pour refléter ce changement, le ministère des Communications a été renommé Ministère de la Communication, de la Technologie numérique et de l’Innovation. Samuel Nartey George, ministre de la Communication, a affirmé :
« L’intelligence artificielle n’est plus un concept futur. Elle est là et elle remodèle déjà notre monde. »
Par ailleurs, un Bureau de l’IA responsable (RAI) sera créé pour coordonner les efforts intergouvernementaux et garantir des normes éthiques dans l’utilisation de l’IA.
Infrastructure et adoption du cloud
Outre l’accord avec les Émirats arabes unis, le Ghana attire également des investissements de grandes entreprises technologiques. En juillet 2025, Google a ouvert un Centre communautaire d’IA à Accra, avec un financement de 37 millions de dollars. Ce centre propose 100 000 bourses intégralement financées pour des certificats professionnels dans des domaines comme l’IA, l’analyse de données et la cybersécurité. En parallèle, le pays déploie des réseaux 5G dans trois grandes villes pour soutenir l’informatique cloud et les industries liées à l’IA. De plus, 80 millions de dollars ont été investis dans des systèmes d’énergie renouvelable par Masdar Digital, renforçant ainsi l’infrastructure énergétique.
Formation et développement des compétences
Le Ghana mise sur le développement des compétences pour préparer sa population à l’économie de l’IA. Le Programme One Million Coders, lancé le 16 avril 2025, vise à former les jeunes dans des domaines comme l’ingénierie IA et l’apprentissage automatique. En juillet 2025, un bootcamp de trois jours (25-27 juillet), organisé par le gouvernement et le PNUD, a permis aux ministres d’explorer des applications concrètes de l’IA dans leurs secteurs. En août 2025, l’initiative AiAfrica Labs a formé 250 « formateurs IA Platinum » pour soutenir les institutions et l’industrie. Le ministère de l’Éducation collabore également avec Google et l’Université du Ghana pour développer des outils de reconnaissance vocale en langues locales (twi, ewe, dagbani et hausa), favorisant ainsi une éducation accessible à tous.
L’impact économique de l’IA pourrait être considérable, ajoutant 20 milliards de dollars au PIB du Ghana d’ici 2030, soit une augmentation de 25 % de sa production économique. Darlington Akogo, PDG de MinoHealth AI Labs, a déclaré :
« L’IA offre des rendements plus élevés que les actifs traditionnels comme le cacao et le pétrole, et elle améliorera ces mêmes secteurs ».
9. Côte d’Ivoire
La Côte d’Ivoire s’affirme dans le domaine de l’intelligence artificielle (IA) en mettant l’accent sur une technologie nationale indépendante. En octobre 2025, un partenariat clé a été scellé entre l’Institut National Polytechnique Félix Houphouët-Boigny (INP-HB) et Stellenium Corporation pour bâtir un écosystème technologique souverain. Ce projet inclut des centres de données optimisés pour l’IA et une plateforme cloud accessible aux services publics ainsi qu’aux startups. Le professeur Pierre Yourougou, directeur général adjoint pour la recherche à l’INP-HB, a souligné :
« En fournissant une infrastructure souveraine basée sur l’intelligence artificielle et les technologies de pointe, nous affirmons notre volonté de faire entrer le pays dans la modernité et de le rendre compétitif au niveau international. »
Infrastructure et adoption du cloud
Avec plus de 33 000 kilomètres de câbles à fibre optique et une couverture 4G dépassant 88 % en 2024, la Côte d’Ivoire se positionne comme un acteur clé de la connectivité numérique. Le gouvernement a également investi 113 millions de dollars dans un centre de données national pour accélérer la transformation numérique. En parallèle, l’acquisition de MainOne par Equinix pour 320 millions de dollars en avril 2022 a intégré un centre de données Tier III, offrant des connexions directes avec AWS, Microsoft et Google.
Le pays bénéficie aussi de câbles sous-marins majeurs, tels que WACS, ACE et 2Africa, renforçant sa connectivité internationale. Pour soutenir ces initiatives, le budget national dédié à la Transition numérique en 2026 atteint 83,2 milliards de francs CFA, marquant une hausse de 37 % par rapport à l’année précédente. Ces efforts posent des bases solides pour les initiatives nationales en IA.
Politiques gouvernementales et stratégies en matière d’IA
En janvier 2026, la Côte d’Ivoire a lancé le Plan directeur numérique 2026-2030, avec un budget de 10,156 milliards de francs CFA (18 millions de dollars). Ce plan vise à moderniser les infrastructures techniques, renforcer la sécurité des données et développer les compétences locales dans le cadre de la Stratégie nationale d’IA (SNIA 2030).
Un exemple concret de l’application de l’IA est l’application développée par Sah Analytics pour le ministère du Commerce. Déployée en octobre 2025, cette application permet aux citoyens de photographier les prix des produits pour signaler des hausses, permettant une intervention rapide des autorités. Yaya Sylla, PDG de Sah Analytics, a expliqué :
« Nous accompagnons le ministère du Commerce ivoirien sur tout ce qui concerne les alertes de vie chère… Les citoyens prennent des photos via une application. La localisation est automatiquement géolocalisée. Cela aide le personnel du ministère du Commerce à réagir rapidement. »
Ces initiatives s’accompagnent d’efforts importants en matière de formation, abordés dans la section suivante.
Formation et développement des compétences
Le partenariat entre Stellenium et l’INP-HB a donné naissance au Stellenium Institute for Sovereign Infrastructure & Innovation (SISII) en octobre 2025. Cet institut vise à former des ingénieurs, des data scientists et des décideurs ivoiriens.
En complément, le programme « AI and Robotics Youth Training Programme » propose des ateliers pour initier les enseignants à l’IA et à la robotique. Cependant, selon la Banque mondiale, d’ici 2030, 35 % à 45 % des emplois en Côte d’Ivoire nécessiteront des compétences numériques, alors qu’actuellement seulement 11 % des diplômés de l’enseignement supérieur ont reçu une formation dans ce domaine. Avec une économie numérique projetée à plus de 20 milliards de dollars d’ici 2050, le pays se prépare à un avenir où l’IA jouera un rôle central.
10. Angola
Comme d’autres pays africains, l’Angola commence à explorer les opportunités offertes par l’intelligence artificielle (IA). Cependant, le pays reste parmi les moins avancés dans ce domaine, avec un score de 15,87 au Government AI Readiness Index 2024. Ce résultat le place loin derrière des nations comme l’Égypte (55,63) et l’Afrique du Sud (52,91), soulignant les défis à relever pour construire un écosystème technologique compétitif.
Politiques gouvernementales et stratégies en matière d’IA
Malgré ces obstacles, l’Angola a pris des mesures importantes. Le 5 décembre 2024, le gouvernement a validé le Livre blanc sur les TIC 2023-2027 (LBTIC), qui détaille 47 initiatives réparties sur deux axes stratégiques pour accélérer la transformation numérique du pays. Parmi ces initiatives figure la Stratégie nationale d’intelligence artificielle (ENIA), qui vise à stimuler l’innovation scientifique et la croissance économique grâce à l’IA. Une attention particulière est accordée à la formation et à la reconversion des talents locaux.
« L’ENIA se concentrera principalement sur les aspects liés à la reconversion de la main-d’œuvre, à l’enseignement universitaire et à la recherche en IA, ainsi qu’à la création de protocoles avec les universités pour promouvoir l’éducation et la recherche appliquée en IA, attirer des chercheurs et permettre l’établissement de partenariats avec des institutions mondiales. »
Ces efforts marquent un premier pas vers l’intégration de l’IA dans les priorités nationales, avec une vision axée sur le développement des compétences et des partenariats.
Adoption technologique dans les industries et les startups
Le gouvernement place l’administration publique au cœur de ses efforts de modernisation, en introduisant des outils informatiques et des solutions basées sur l’IA pour améliorer les services destinés aux citoyens. Le secteur financier, quant à lui, devient un terrain clé pour l’IA, notamment dans des domaines comme l’analyse prédictive. Alberto Wapota, chercheur principal en informatique à l’Université Mandume Ya Ndemufayo, souligne les défis rencontrés :
« L’Angola dispose de capacités en ressources humaines, malgré des infrastructures limitées pour une IA performante, mais cela ne nous empêche pas d’avancer et d’utiliser l’outil de manière responsable. »
Pour encourager l’innovation, le gouvernement a également lancé une Stratégie nationale pour les e-Start-ups, visant à soutenir les jeunes entrepreneurs dans les secteurs des TIC et de l’IA. Par ailleurs, des mesures législatives strictes ont été proposées pour encadrer l’utilisation des données, avec des sanctions pouvant atteindre 1,5 milliard de kwanzas et des peines de prison allant jusqu’à 12 ans en cas d’abus.
Tableau comparatif des pays
Basé sur plusieurs critères – infrastructure, capital humain, innovation et cadre juridique – ce tableau présente une comparaison des indicateurs clés en matière de préparation à l’économie de l’IA pour différents pays africains.
| Pays | Score Potentiel d’Investissement IA | Classement Préparation Gouvernementale (mondial) | Infrastructure Numérique | Initiative Majeure |
|---|---|---|---|---|
| Afrique du Sud | 65,15 | 72e | 3 000 GPU déployés (juin 2025) et réseau GPUaaS par Cassava Technologies | Partenariat avec Microsoft AI University |
| Égypte | 62,31 | 51e (1er en Afrique) | Score parfait de 100/100 en capacité politique | Formation de 30 000 spécialistes IA d’ici 2030 |
| Nigeria | 51,81 | 72e | Hub fintech et services numériques | Stratégie nationale d’IA publiée en 2025 |
| Algérie | 55,37 | Non disponible | Participation à IndabaX ; focus sur l’éducation et la santé | Stratégie axée sur l’éducation, la santé et la défense |
| Maroc | 63,34 | Non disponible | Expansion d’AWS Outposts | Intégration de l’IA dans les secteurs bancaire et logistique |
| Kenya | 54,34 | 65e | 638 M$ levés par les startups en 2024 (29 % du total continental) | Alliance KAISA lancée en octobre 2025 |
| Éthiopie | Non disponible | Top 100 | Exigences strictes de localisation des données | |
| Ghana | 57,14 | Non disponible | Premier centre communautaire IA de Google en Afrique (juillet 2025) | Investissement Google de 37 M$ |
| Côte d’Ivoire | Non disponible | Non disponible | Création de l’Agence nationale de l’IA (ANIA) | Fonds d’innovation de 800 M$ pour SNIA 2030 |
| Angola | Non disponible | 15,87 | Infrastructures limitées pour une IA performante | Livre blanc TIC 2023-2027 avec 47 initiatives |
L’Afrique du Sud et l’Égypte se démarquent nettement, avec des scores supérieurs à 60 et des infrastructures numériques avancées, comme les GPU opérationnels. Le Maroc et le Ghana montrent également un fort potentiel grâce à des initiatives stratégiques et des investissements ciblés. Le Kenya, quant à lui, se distingue par son écosystème de startups dynamique, ayant levé 638 millions de dollars en 2024, soit près de 29 % du financement continental.
En revanche, l’Angola illustre les défis auxquels certains pays font face, avec un faible score de préparation gouvernementale (15,87) et des infrastructures encore limitées. Ces disparités soulignent que, parmi les 29 pays africains ayant adopté des stratégies d’IA, seuls huit dépassent la moyenne mondiale de 52,32.
À l’échelle continentale, l’Afrique représente moins de 1 % de la puissance de calcul mondiale, avec seulement 223 centres de données répartis dans 38 pays. Ces données mettent en lumière les efforts nécessaires pour réduire l’écart technologique tout en explorant les opportunités à venir dans l’économie de l’IA.
Conclusion
L’Afrique se trouve à un tournant décisif avec la montée en puissance de l’IA, qui pourrait injecter jusqu’à 1 200 milliards de dollars dans son PIB d’ici 2030. Les dix pays étudiés montrent que réussir dans ce domaine repose sur un mélange stratégique d’investissements technologiques, de politiques publiques solides et de développement des compétences humaines.
Microsoft joue un rôle clé dans cette transformation. L’entreprise prévoit d’investir 50 milliards de dollars dans les économies en développement d’ici 2030, dont 5,4 milliards de rands (environ 300 millions de dollars) spécifiquement pour l’Afrique du Sud d’ici 2027. Ses initiatives, comme le projet Paza qui prend en charge 39 langues africaines, et des programmes visant à former 1 million de personnes, illustrent une volonté de démocratiser l’accès à l’IA sur le continent.
« En se concentrant sur le développement d’une économie de l’IA solide, l’Afrique peut devenir un continent qui non seulement consomme l’IA, mais aide également à la produire pour le reste du monde. » – Brad Smith, Vice-président et Président de Microsoft
Les opportunités pour les entrepreneurs africains sont nombreuses, en particulier dans les applications pratiques de l’IA. Des secteurs comme l’agriculture de précision, la fintech, les diagnostics médicaux et les solutions multilingues offrent un terrain fertile pour l’innovation. Par exemple, Lelapa AI en Afrique du Sud a développé InkubaLM, un modèle linguistique traitant 2,4 milliards de tokens dans cinq langues africaines. De son côté, Zendawa, une start-up kenyane, révolutionne les opérations pharmaceutiques. Ces exemples montrent que la création de solutions locales, plutôt que la simple utilisation d’API étrangères, est essentielle pour maximiser la valeur ajoutée.
Cependant, le chemin n’est pas sans obstacles. L’Afrique ne contrôle actuellement que moins de 1 % de la puissance de calcul mondiale. Pourtant, avec 42 % de la jeunesse mondiale qui sera africaine d’ici 2030, le continent dispose d’un avantage démographique unique. Les pays qui allient infrastructures modernes, gouvernance efficace et programmes de formation adaptés, comme l’Égypte avec son score parfait en capacité politique, montrent la voie. En combinant vision stratégique, investissements ciblés et coopération régionale, l’Afrique peut transformer l’IA en un véritable moteur de croissance locale.
FAQs
Quels critères définissent un pays « prêt pour l’IA » ?
Un pays « prêt pour l’IA » repose sur plusieurs piliers fondamentaux. D’abord, une infrastructure numérique robuste est indispensable pour soutenir les technologies avancées. Ensuite, la disponibilité d’une main-d’œuvre compétente en IA joue un rôle clé, tout comme un cadre réglementaire clair et favorable pour encadrer le développement et l’utilisation de ces technologies.
Par ailleurs, des stratégies nationales bien définies et des budgets alloués spécifiquement à l’intelligence artificielle sont essentiels pour assurer une croissance cohérente. Un écosystème actif d’innovation et de recherche favorise également l’émergence de nouvelles idées et solutions.
Enfin, la gestion de données de haute qualité combinée à des investissements constants permet de tirer parti des opportunités qu’offre l’IA, tout en minimisant les risques associés à son adoption. Ces éléments, réunis, constituent les bases d’une préparation efficace pour l’avenir technologique.
Comment une startup peut-elle accéder à la puissance de calcul GPU en Afrique ?
Les startups africaines disposent désormais de nouvelles opportunités pour accéder à des ressources GPU grâce à des initiatives locales et à des infrastructures en plein essor. Par exemple, des clusters GPU et des centres de données, soutenus par des acteurs comme Microsoft et G42 au Kenya, mettent à disposition des outils essentiels pour entraîner des modèles d’intelligence artificielle.
Ces efforts ne se limitent pas à fournir des ressources technologiques. Ils participent également à renforcer la souveraineté numérique en Afrique, permettant au continent de développer des solutions adaptées à ses besoins spécifiques tout en réduisant sa dépendance vis-à-vis des infrastructures externes. Ce progrès marque une étape importante pour l’innovation technologique et l’autonomie numérique en Afrique.
Quelles compétences IA apprendre en priorité pour profiter de cette dynamique ?
Pour profiter pleinement de l’essor de l’intelligence artificielle sur le continent africain, il est essentiel de se concentrer sur des compétences spécifiques. Parmi celles-ci, la modération et la formation des modèles d’IA générative se démarquent comme des domaines clés. Ces tâches permettent de garantir que les systèmes d’IA fonctionnent de manière efficace et responsable.
L’éthique de l’IA et la gestion des données jouent également un rôle crucial. Ces compétences permettent d’assurer que les technologies développées respectent les normes morales et protègent les données sensibles, un enjeu de plus en plus important à mesure que les solutions numériques se multiplient.
Enfin, le renforcement des capacités en programmation et en analyse de données est indispensable. Ces compétences doivent être adaptées aux besoins locaux et appliquées dans des secteurs vitaux comme la santé, l’agriculture ou encore les services publics. En ciblant ces domaines, il devient possible de maximiser l’impact socio-économique de l’IA en Afrique, en offrant des solutions concrètes aux défis locaux.

