Souveraineté des Données : La course aux Data Centers en Afrique

Souveraineté des Données : La course aux Data Centers en Afrique
Souveraineté des Données : La course aux Data Centers en Afrique

L’Afrique fait face à un défi majeur : 80 % des données numériques collectées sur le continent sont stockées à l’étranger, exposant les pays à des lois extraterritoriales comme le CLOUD Act américain. Avec une économie numérique en forte croissance et des besoins en infrastructures adaptés, les pays africains accélèrent la construction de data centers locaux pour :

  • Protéger les données sensibles : réduire les risques d’espionnage et garantir que les données restent sous contrôle national.
  • Réduire les coûts : économiser des millions en rapatriant les données stockées à l’étranger (ex. : le Burkina Faso économisera 85 milliards de F CFA sur 10 ans).
  • Soutenir la croissance numérique : répondre aux besoins croissants en mobile money, intelligence artificielle et cloud computing.

Points clés :

  • L’Afrique ne représente que 1 % de la capacité mondiale des data centers.
  • Le marché pourrait atteindre entre 20 et 30 milliards de dollars d’ici 2030.
  • Projets récents : data centers au Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Maroc et Nigeria.

Les défis incluent des coupures d’électricité, une connectivité insuffisante et des cadres réglementaires fragmentés. Des solutions émergent, notamment l’usage d’énergies renouvelables, des modèles de colocalisation et des initiatives transfrontalières comme les « ambassades de données ».

L’Afrique construit aujourd’hui les bases de son indépendance numérique.

État des Data Centers en Afrique : Chiffres Clés et Projections 2025-2030

État des Data Centers en Afrique : Chiffres Clés et Projections 2025-2030

L’infrastructure des centres de données en Afrique aujourd’hui

Les chiffres de la croissance des centres de données

L’Afrique compte actuellement 211 centres de données opérationnels, mais ce chiffre reste modeste à l’échelle mondiale. Le continent ne représente que moins de 1 % de la capacité mondiale des centres de données et seulement 0,5 % du marché global du cloud computing. En termes de puissance de calcul, l’Afrique devrait atteindre environ 0,4 GW d’ici fin 2025, un chiffre bien en deçà des 800 MW prévus en France pour 2024.

Le marché africain des centres de données, estimé à 7 039,14 millions de dollars en 2025, pourrait doubler pour atteindre 14 042,54 millions de dollars d’ici 2035. La capacité totale pourrait grimper à 1,5–2,2 GW d’ici 2030, soutenue par des investissements projetés entre 10 et 20 milliards de dollars. Toutefois, le taux d’utilisation actuel des centres africains reste faible, autour de 40 %, contre 70 à 80 % en Europe ou au Moyen-Orient.

Des projets récents illustrent cette dynamique. En juin et août 2025, Teraco a agrandi ses installations à Johannesburg avec 70 MW supplémentaires sur le campus JB5 (Isando) et 30 MW sur JB4 (Bredell). Ces extensions font de Teraco le plus grand opérateur indépendant du continent, et elles préparent le terrain pour une répartition stratégique des infrastructures.

Où se situent les centres de données

La répartition des centres de données en Afrique montre une forte concentration dans quelques pays. L’Afrique du Sud, le Kenya, le Nigeria et l’Égypte regroupent 46 % de toutes les installations du continent. L’Afrique du Sud domine avec 49 centres de données, soit près d’un quart du total, suivie par le Kenya (18), le Nigeria (16) et l’Égypte (14).

En termes de parts de marché régionales, l’Afrique australe arrive en tête avec 42 %, suivie par l’Afrique de l’Est à 28 %. Les cinq principaux marchés – Égypte, Kenya, Maroc, Nigeria et Afrique du Sud – totalisent ensemble une capacité inférieure à 500 MW. La Côte d’Ivoire, quant à elle, se positionne comme un hub émergent, abritant environ 20 centres de données, soit près de 10 % des installations du continent.

Un exemple marquant est l’ouverture en octobre 2025 d’un centre de données Tier III à Grand-Bassam, en Côte d’Ivoire, par le groupe ST Digital. Cette installation de 4 000 m² comprend 160 baies et peut héberger plus de 50 000 serveurs virtuels. Ce projet, conçu et réalisé par des entreprises locales comme CATD, AED et DTECH, renforce l’autonomie numérique de l’Afrique en garantissant un contrôle accru sur les données.

Les principaux opérateurs de centres de données

Le marché africain des centres de données est dominé par des acteurs majeurs qui façonnent son évolution. Parmi eux, on trouve Teraco, Africa Data Centres (filiale de Liquid Intelligent Technologies), Equinix (via MainOne), Digital Realty, NTT Global, Raxio et PAIX. Ces entreprises élargissent leurs services, passant de l’hébergement physique à des offres complètes d’infrastructure cloud (IaaS) et de plateformes d’interconnexion.

Les grands noms du cloud mondial comme Microsoft Azure, Amazon Web Services, Google Cloud et Huawei jouent souvent le rôle de locataires dans des installations de colocation existantes avant de développer leurs propres campus géants. Les opérateurs télécoms tels que MTN, Safaricom, Vodacom, Orange et Telecom Egypt exploitent leurs réseaux de fibre optique pour proposer des solutions intégrées combinant connectivité et services cloud.

En mai 2025, Safaricom s’est associé à iXAfrica pour lancer le centre de données hyperscale NBOX1 à Nairobi, au Kenya. Cette première phase offre 4,5 MW de capacité et 780 baies réparties sur trois salles, avec des plans d’expansion via NBOX1.2 et NBOX2. En août 2025, Digital Realty a inauguré LKK2, son troisième centre de données à Lagos, au Nigeria, avec une capacité informatique de près de 2 MW.

Des acteurs locaux comme ST Digital et Raxio se positionnent également sur le marché en privilégiant des infrastructures Tier III conçues en Afrique. En 2025, des financements importants ont été obtenus, notamment 400 millions de dollars accordés par Absa à Teraco en Afrique du Sud, 100 millions de dollars investis par Actis dans Rack Centre au Nigeria, et 100 millions de dollars alloués par l’IFC à Raxio en Côte d’Ivoire.

Les obstacles à l’expansion des centres de données en Afrique

Les problèmes d’alimentation électrique

L’instabilité énergétique représente un frein majeur au développement des centres de données en Afrique. Certaines régions subissent jusqu’à 33 coupures de courant par mois, rendant difficile l’atteinte d’un taux de disponibilité de 99,99 %, indispensable pour les infrastructures critiques. Pour pallier ces défaillances, les opérateurs combinent plusieurs solutions : réseaux publics, producteurs indépendants et générateurs captifs fonctionnant au diesel ou au gaz.

L’accès à une électricité fiable est souvent limité aux grandes villes, ce qui complique l’installation de centres de données dans les zones rurales ou secondaires. En Afrique du Sud, un programme de 6 000 MW d’énergies renouvelables a été lancé, tandis qu’à l’échelle continentale, 50 GW de projets solaires et éoliens sont en cours de planification. Cependant, pour garantir une alimentation continue, ces initiatives nécessitent des investissements conséquents dans le stockage par batteries.

Malgré ces défis, des exemples comme celui du Nigeria montrent qu’il est possible de maintenir un haut niveau de disponibilité. Africa Data Centres y combine diesel, gaz et énergie solaire avec stockage par batteries pour atteindre un taux de disponibilité de 99,99 %. En Afrique du Sud, Teraco a obtenu près de 400 millions de dollars en 2025 pour étendre ses installations et intégrer davantage d’énergies renouvelables, une réponse aux délestages fréquents. Fait intéressant, bien que l’électricité soit cruciale, elle ne représente que 5 % à 15 % des coûts pour les clients hyperscale, le reste étant absorbé par les équipements et infrastructures. C’est pourquoi les investisseurs privilégient souvent des installations modulaires de 1 à 50 MW.

Ces problématiques énergétiques ne sont qu’un aspect des nombreux défis auxquels l’Afrique doit faire face pour moderniser ses infrastructures numériques.

Les lacunes de connectivité et les problèmes d’infrastructure

En dehors des questions énergétiques, l’infrastructure terrestre reste un obstacle majeur à la connectivité. Bien que la capacité sous-marine progresse, l’Afrique dépend encore de réseaux fibre optique concentrés autour de points stratégiques, comme le port de Mombasa au Kenya. Ces points, lorsqu’ils sont perturbés, entraînent des pannes régionales. En mars 2024, un glissement de terrain au large de la Côte d’Ivoire a endommagé quatre câbles sous-marins majeurs (ACE, SAT-3, WACS et MainOne), provoquant des coupures internet dans 13 pays d’Afrique de l’Ouest. De nombreuses zones continuent de s’appuyer sur des liaisons micro-ondes, moins performantes et avec une latence élevée, ce qui limite l’extension des services hyperscale dans les terres.

Par ailleurs, 70 % des populations rurales en Afrique subsaharienne n’ont pas un accès suffisant à internet, et environ 45 % des habitants vivent à plus de 10 kilomètres d’un réseau fibre optique. La pénétration d’internet reste faible (34 % en 2023), et le coût des données, à 3,5 % du revenu mensuel moyen, est encore un frein. Ces facteurs expliquent pourquoi les taux d’utilisation des centres de données en Afrique sont souvent limités à 40 %, contre 70 à 80 % dans des régions plus développées. Face à ces défis, les nouveaux centres de données africains devraient principalement être de petite ou moyenne capacité (1 à 50 MW).

Des réglementations différentes d’un pays à l’autre

La diversité des cadres réglementaires complique les opérations transfrontalières. Chaque pays développe ses propres lois, comme les Data Protection Acts au Kenya et au Nigeria, qui imposent parfois que les données sensibles soient hébergées localement pour éviter l’application de lois étrangères. Le Burkina Faso, par exemple, travaille sur des projets visant à rapatrier ses données sensibles.

Des lois comme le CLOUD Act américain, qui permet aux autorités des États-Unis d’accéder à des données stockées sur des serveurs américains, peu importe leur localisation, poussent certains pays africains à rechercher des solutions d’hébergement local. Toutefois, même lorsque les données sont stockées localement, des problèmes subsistent si les logiciels, les clés de chiffrement ou les systèmes de gouvernance restent sous contrôle étranger. Au Cameroun, par exemple, les partenaires étrangers conservent une partie du contrôle technique. En outre, les droits de douane sur l’importation d’équipements varient d’un pays à l’autre, ajoutant un fardeau financier souvent supérieur aux coûts énergétiques.

Pour contourner ces obstacles, des experts suggèrent le modèle des « ambassades de données », où des données critiques seraient stockées dans un pays voisin mieux équipé tout en maintenant la souveraineté juridique. L’harmonisation des cadres législatifs apparaît comme une étape clé pour renforcer la souveraineté numérique en Afrique.

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Solutions pour accélérer la croissance des centres de données

Pour surmonter les défis liés à l’énergie, à la connectivité et aux réglementations, plusieurs approches émergent afin de renforcer l’autonomie numérique en Afrique et accélérer le développement des infrastructures.

Les énergies renouvelables et les micro-réseaux

Les énergies renouvelables offrent une alternative fiable face à l’instabilité des réseaux classiques, garantissant une disponibilité de 99,99 %. Des solutions comme la production captive et les contrats avec des producteurs indépendants assurent une alimentation stable.

Un exemple marquant : en janvier 2026, le Maroc a dévoilé un projet de centre de données hyperscale « vert » de 500 MW à Dakhla. Alimenté uniquement par l’énergie éolienne et solaire, ce hub numérique vise à desservir la côte atlantique africaine. Le projet inclut également l’Institut Al Jazari, qui, en partenariat avec l’Université de Dakhla, se concentre sur l’IA et la transition énergétique.

Pour répondre à la demande croissante, les opérateurs adoptent des modèles hybrides combinant réseau public, énergies renouvelables captives et solutions de secours comme les batteries ou générateurs offrant plusieurs jours d’autonomie. Dans les zones désertiques, des stratégies innovantes émergent, comme l’intégration des énergies renouvelables à des systèmes de refroidissement utilisant la désalinisation solaire.

Ces approches énergétiques permettent de concevoir des modèles opérationnels novateurs, notamment dans le domaine de la colocalisation.

La colocalisation et les services d’échange cloud

La colocalisation offre une alternative intéressante pour les entreprises, leur permettant de convertir des dépenses d’investissement élevées en coûts d’exploitation prévisibles. Ce modèle élimine les coûts de construction d’installations privées. En mutualisant des ressources comme l’alimentation redondante, le refroidissement industriel et la sécurité, les centres de colocalisation réduisent les coûts pour leurs utilisateurs.

Les plateformes d’échange cloud, quant à elles, facilitent une agilité hybride-cloud, permettant aux entreprises de déplacer leurs charges de travail entre différents environnements (clouds publics, privés ou matériel local) tout en maintenant les données sensibles localement pour respecter les exigences de souveraineté. En installant leurs équipements dans des hubs neutres, les entreprises accèdent directement à des plateformes d’échange internet (comme NAPAfrica) et à des rampes d’accès cloud, réduisant considérablement la latence, un avantage crucial pour des secteurs comme la fintech, le gaming ou l’IA.

« La colocalisation n’est plus une simple location d’espace tactique. Cela symbolise une renaissance numérique africaine. » – Teraco

Contrairement aux salles serveurs traditionnelles, la colocalisation offre une flexibilité pour augmenter la capacité en fonction des besoins, évitant ainsi d’immobiliser des capitaux dans des infrastructures sous-utilisées. En Afrique, où les taux d’utilisation atteignent parfois à peine 40 % (contre 70-80 % en Europe), cette solution apparaît particulièrement adaptée.

En mutualisant les infrastructures, la colocalisation pose également les bases pour une réglementation plus harmonisée, un aspect essentiel abordé dans la suite.

L’harmonisation réglementaire et la coopération transfrontalière

Au-delà des solutions techniques, l’harmonisation des réglementations est essentielle pour renforcer la souveraineté numérique. L’Union africaine joue un rôle clé avec des initiatives comme la « Stratégie de transformation numérique pour l’Afrique 2020-2030 », le « Compact numérique africain » et la « Stratégie continentale pour l’intelligence artificielle » adoptée en 2024. Entre 2023 et 2028, l’initiative « Gouvernance des données en Afrique » vise à créer un cadre unifié pour la protection des données, l’harmonisation des réglementations et l’interopérabilité transfrontalière.

Le concept des « ambassades de données », inspiré de l’Estonie, permet aux pays de stocker des données critiques dans un autre État tout en conservant leur souveraineté juridique. Cette approche réduit la fragmentation liée à la localisation des données et favorise des projets transfrontaliers viables. En 2025, le partenariat entre le Kenya et l’Estonie sur les systèmes d’état civil numériques a illustré un exemple réussi de collaboration transfrontalière dans la gouvernance numérique.

« La souveraineté numérique n’est pas une forteresse, c’est un pont. » – Daniel Schaer, Ambassadeur itinérant pour l’Afrique, Estonie

Enfin, pour améliorer la rentabilité des centres de données, la réduction des droits d’importation sur les équipements (serveurs, systèmes électriques) est une priorité, ces derniers représentant la majeure partie des dépenses. En 2024, les investissements dans l’infrastructure numérique en Afrique subsaharienne ont atteint environ 7 milliards de dollars, reflétant un engagement croissant envers le développement numérique.

Perspectives : prévisions de croissance et opportunités

Après avoir discuté des solutions visant à améliorer l’infrastructure locale, penchons-nous sur les prévisions de croissance et les opportunités économiques qui se dessinent.

Prévisions du marché jusqu’en 2030

Le marché africain des centres de données est en pleine expansion. Il devrait passer de 3,49 milliards de dollars en 2024 à 6,81 milliards de dollars d’ici 2030, avec un taux de croissance annuel estimé à 11,79 %. Cette augmentation s’accompagnera d’une hausse de la capacité opérationnelle, qui pourrait atteindre entre 1,3 GW et 2,2 GW d’ici la fin de la décennie, contre 400 MW actuellement.

La demande en capacité devrait être multipliée par 3,5 à 5,5, nécessitant des investissements évalués entre 10 et 20 milliards de dollars. L’Afrique du Sud conserve sa position dominante, tandis que le Nigeria se distingue par une croissance rapide. L’Égypte, le Kenya et le Maroc suivent de près, bénéficiant de leurs atouts géographiques et de leurs politiques numériques ambitieuses.

Contrairement aux tendances mondiales qui favorisent les méga-campus, environ deux tiers des nouveaux centres de données en Afrique adopteront une approche modulaire, avec des installations de petite (1 à 20 MW) ou moyenne capacité (20 à 50 MW). Cette stratégie permet de limiter les risques et de s’adapter aux faibles taux d’utilisation initiaux. Par ailleurs, la construction de ces centres devrait progresser de 15,94 % par an jusqu’en 2030.

Impact économique et transformation numérique

Au-delà des chiffres, l’essor des centres de données en Afrique est un véritable moteur de transformation économique. Le secteur pourrait générer entre 20 et 30 milliards de dollars de revenus sur l’ensemble de la chaîne de valeur d’ici 2030. En parallèle, l’intégration de l’intelligence artificielle via ces infrastructures pourrait ajouter entre 60 et 100 milliards de dollars à l’économie des entreprises africaines.

Cette dynamique favorise aussi la création d’emplois à différents niveaux : construction, ingénierie réseau, cybersécurité, et emplois indirects liés à la transformation numérique. Par exemple, Microsoft investira 297 millions de dollars d’ici mai 2025 pour renforcer ses infrastructures cloud et d’IA en Afrique du Sud, tout en formant 50 000 personnes. Ces efforts, en réduisant la latence et les coûts, améliorent la compétitivité des produits numériques africains sur la scène internationale. Avec une population active qui représentera près d’un quart de la main-d’œuvre mondiale d’ici 2050, l’Afrique s’affirme comme un acteur clé de l’économie numérique.

La position de l’Afrique sur le marché mondial des centres de données

Malgré une croissance impressionnante, l’Afrique ne représente encore que moins de 1 % de la capacité mondiale des centres de données et environ 2,5 % du marché mondial de l’IA. Ces chiffres mettent en lumière un potentiel immense. Avec une hausse annuelle de 40 % de la consommation de données mobiles et 835 millions de comptes de mobile money actifs, le continent dispose d’une base solide pour accélérer son développement numérique.

Dans cette dynamique, renforcer la souveraineté des données est une priorité. Des initiatives comme le centre de données de 100 MW alimenté par géothermie au Kenya (fruit d’un partenariat entre Microsoft et G42 annoncé en mai 2024), illustrent les ambitions du continent pour rattraper son retard.

« Les serveurs qui ronronnent à Johannesburg, Lagos, Nairobi et ailleurs… sont des moteurs de croissance – et une chance pour le continent de conserver davantage de la valeur qu’il génère. » – African Pact

Conclusion : construire l’infrastructure numérique de l’Afrique

Les solutions techniques et réglementaires évoquées convergent vers un objectif central : bâtir une infrastructure numérique solide en Afrique. La montée en puissance des centres de données symbolise cette quête d’autonomie numérique et de souveraineté économique. Pour y parvenir, les gouvernements et le secteur privé doivent travailler ensemble sur plusieurs axes : rapatrier les données sensibles vers des infrastructures locales, adopter des modèles modulaires pour limiter les risques financiers et investir dans l’indépendance énergétique grâce aux énergies renouvelables et aux micro-réseaux.

Un investissement compris entre 10 et 20 milliards de dollars d’ici 2030 permettrait aux pays africains non seulement de rapatrier leurs données, mais aussi de réaliser des économies substantielles. Par exemple, le Burkina Faso espère économiser jusqu’à 95 milliards de FCFA sur une décennie. Mais l’enjeu dépasse les simples économies : c’est toute la chaîne de valeur numérique qui pourrait rester sur le continent, créant des emplois dans des secteurs clés comme la construction, l’ingénierie, la cybersécurité et le développement des compétences locales.

« Nous prouvons qu’il est possible, avec des compétences africaines, de concevoir, construire et exploiter un centre de données aux normes internationales. » – Anthony Same, fondateur et PDG de ST Digital

La coopération régionale jouera également un rôle crucial, notamment à travers des initiatives comme les « data embassies ». Ce concept, où un pays héberge ses données critiques chez un voisin tout en conservant sa juridiction légale, pourrait réduire la fragmentation des marchés et renforcer la viabilité économique des projets. En parallèle, l’harmonisation des réglementations et la baisse des droits de douane sur les équipements spécialisés accéléreraient ces avancées. Ces efforts conjoints tracent la voie vers une Afrique capable de piloter sa propre transformation numérique.

Des centres de données émergent déjà dans des villes comme Johannesburg, Lagos, Nairobi et Ouagadougou, jetant les bases d’une économie numérique indépendante, essentielle pour l’avenir digital du continent.

FAQs

Qu’est-ce que la souveraineté des données, concrètement ?

La souveraineté des données repose sur l’idée de réduire la dépendance aux serveurs situés à l’étranger, tout en renforçant la sécurité des informations sensibles et en respectant les réglementations locales qui évoluent constamment.

Pour y parvenir, il est essentiel de développer des infrastructures locales. Ces infrastructures permettent non seulement de garder un meilleur contrôle sur les données numériques, mais aussi d’assurer leur protection contre des risques externes, comme les cyberattaques ou l’ingérence étrangère. Cela représente un pas important vers une gestion plus autonome et sécurisée des données.

Stocker des données en Afrique permet-il d’éviter le CLOUD Act ?

Stocker des données en Afrique ne signifie pas automatiquement échapper complètement au CLOUD Act, surtout si des infrastructures appartenant à des entreprises étrangères sont utilisées. Cela dit, cette approche contribue à renforcer la souveraineté numérique. Elle permet un meilleur contrôle des données locales tout en limitant la dépendance aux serveurs situés à l’international.

Quels pays africains sont les mieux placés pour devenir des hubs de data centers ?

L’Afrique du Sud, le Kenya, le Nigeria et l’Égypte se démarquent comme les destinations clés pour les data centers en Afrique. Ces pays concentrent une part importante des installations déjà en activité. Ils bénéficient également d’infrastructures solides, soutenues par des entreprises majeures du secteur technologique. Cet avantage stratégique les place au cœur de la compétition pour renforcer leur souveraineté numérique.

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Ecrit par Arnaud Makanda

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