Lagos s’efforce de se positionner comme une métropole moderne et prête pour l’avenir, en mettant l’accent sur le développement des infrastructures et la gestion du trafic urbain.
Pourtant, l’une de ses stratégies de répression les plus agressives, la lutte contre la conduite en sens unique, est devenue profondément controversée, soulevant de sérieuses questions sur l’équité, la proportionnalité et la confiance du public.
La conduite à contre-sens, communément appelée « one-way », est indéniablement dangereuse. Elle contribue aux collisions frontales et aggrave la congestion dans un système de transport déjà sous tension.
Pour freiner ce phénomène, l’Unité des infractions environnementales et spéciales de l’État de Lagos (Taskforce), en collaboration avec l’Autorité de gestion du trafic de l’État de Lagos (LASTMA) et les tribunaux mobiles, a adopté une approche de tolérance zéro. Les véhicules sont saisis, les contrevenants poursuivis rapidement et, dans de nombreux cas, les voitures sont confisquées par l’État.
Une répression jugée excessive et prédatrice
Cependant, ce qui a commencé comme une intervention de sécurité nécessaire est aujourd’hui largement perçu comme excessif et, dans certains cas, prédateur.
À travers la ville, la frustration monte. Des vidéos virales, des publications sur les réseaux sociaux et des témoignages directs suggèrent un schéma troublant : saisies soudaines de véhicules, allégations de piégeage, remorquages en pleine nuit et « arrangements » sur place que beaucoup décrivent comme de l’extorsion.
Pour d’innombrables Lagosiens, chauffeurs Uber, commerçants, artisans et propriétaires de petites entreprises, perdre un véhicule n’est pas seulement un inconvénient ; c’est un coup direct porté à leurs moyens de subsistance.
Au cœur du problème se trouve un décalage croissant entre la loi et son application. La loi de 2018 sur la réforme du secteur des transports de l’État de Lagos prévoit des sanctions sévères pour la conduite en sens unique, y compris l’emprisonnement et la confiscation du véhicule.
Si l’intention est la dissuasion, l’application semble souvent aveugle. Les primo-délinquants et ceux qui commettent des erreurs de bonne foi font parfois face aux mêmes conséquences brutales que les récidivistes.
Le manque de signalisation : un piège pour les conducteurs
L’absence de signalisation routière adéquate a aggravé le problème. Dans de nombreuses parties de Lagos, les indicateurs de sens unique sont soit absents, soit effacés, soit mal positionnés.
Les conducteurs naviguant sur des itinéraires inconnus ou se fiant à des systèmes GPS qui ne reflètent pas les changements soudains de circulation peuvent involontairement enfreindre les règles. Lorsque de telles erreurs entraînent des sanctions sévères, la répression ressemble moins à de la justice qu’à un piège.
Le coût humain est tout aussi significatif. Un chauffeur qui perd son véhicule perd son revenu, et par extension, sa capacité à payer son loyer, les frais de scolarité ou même à nourrir sa famille.
Les histoires abondent sur des individus piégés dans des processus judiciaires opaques, luttant pour récupérer des véhicules saisis ou comprendre les charges retenues contre eux. Certains véhicules saisis ont même été vendus aux enchères.
Vers une réforme intelligente et humaine
La voie à suivre n’est pas d’abandonner la répression, mais de la réformer pour la rendre plus intelligente, plus juste et plus axée sur la prévention.
Premièrement, Lagos doit prioriser une signalisation claire et cohérente. Chaque itinéraire en sens unique devrait être marqué par des panneaux réfléchissants visibles à tous les points d’entrée. L’intégration des données de trafic officielles avec les applications de navigation aiderait également les conducteurs à prendre des décisions éclairées.
Deuxièmement, le gouvernement de l’État devrait envisager une mesure audacieuse pour restaurer la confiance : la restitution des véhicules saisis pour des infractions de sens unique au cours de l’année écoulée, en particulier pour les primo-délinquants. Un tel geste signalerait un engagement envers l’équité et la bonne foi.
Enfin, des garanties supplémentaires sont nécessaires. Les agents de la Taskforce devraient être équipés de caméras corporelles pour garantir la redevabilité. Les procédures des tribunaux mobiles doivent être transparentes et les sanctions graduées, distinguant l’imprudence délibérée de l’erreur authentique.
Lagos mérite un système qui respecte la dignité de ses citoyens. Le gouvernement a aujourd’hui l’opportunité de transformer la répression, d’une source de conflit en un outil de progrès collectif.


