Le Tulia Lounge du Pan Pacific Nairobi, situé dans la tour GTC, est un lieu conçu pour les conversations qui exigent de la patience.
C’est dans ce cadre feutré que Moyo Sodipo, cofondateur et COO de l’échangeur de crypto-monnaies nigérian Busha, s’est confié sur son parcours entrepreneurial.
Entre deux fuseaux horaires et des nuits courtes, l’homme derrière l’une des fintechs les plus en vue d’Afrique de l’Ouest livre un regard sincère sur sept années de construction intensive.
L’ambition au-delà des graphiques de marché
Pour Sodipo, le succès de Busha n’est pas seulement une question de chiffres. C’est une histoire de sacrifices invisibles et de résilience face à la volatilité des marchés.
Interrogé sur son quotidien, il admet que la déconnexion est quasi impossible : « Sur une semaine de travail, il est difficile de ne pas penser aux marchés. Même si vous ne le voulez pas, un client, un membre du personnel ou un partenaire peut vous solliciter à tout moment ».
Ses rares moments de répit se résument à des dimanches après-midi devant la Formule 1 ou une série en rafale.
Les racines d’une relation saine avec l’argent
Originaire du Nigeria, Moyo a grandi dans une famille de la classe moyenne. Son éducation, partagée entre écoles privées et publiques, lui a donné une perspective équilibrée sur la richesse.
« Je n’avais pas de mentalité de pénurie parce que je ne manquais de rien, mais nous n’étions pas opulents au point de gaspiller », explique-t-il. Cette stabilité a forgé sa vision pragmatique de la finance numérique.
Le tournant décisif : La pandémie de COVID-19
C’est en 2020, alors que le monde s’arrêtait, que Sodipo a réalisé que Busha devenait une institution financière sérieuse. « Pendant le COVID, beaucoup d’entreprises étaient à l’arrêt, mais pour nous, c’était une période de renforcement intense des capacités ».
L’intérêt des clients n’a cessé de croître, prouvant que les stablecoins et les actifs numériques n’étaient pas une simple mode, mais le futur de l’argent, complémentaire au système traditionnel.
Faire face à la peur et à la réglementation
Le parcours n’a pas été sans embûches. Le « Black Friday » de mars 2020, où les marchés boursiers et cryptos se sont effondrés simultanément, a été un moment de doute. Plus tard, les restrictions bancaires au Nigeria ont posé un défi de taille.
Cependant, Sodipo reste convaincu : « Comme à l’ère du dotcom, il y aura toujours une résistance aux nouvelles technologies. Mais avec l’éducation, l’acceptation s’améliore ». Sa stratégie repose sur un engagement constant avec les régulateurs pour instaurer un climat de confiance.
De Jumia à la révolution Blockchain
Ancien membre fondateur de Jumia en 2012, cet ingénieur en électronique de formation ne se destinait pas initialement à la banque.
Il rêvait de télécoms ou de cybersécurité. Aujourd’hui, il utilise ses compétences techniques pour piloter la croissance de Busha, affirmant que la blockchain est l’outil ultime pour moderniser l’économie africaine.
Après sept ans sans véritable congé, sa détermination reste intacte pour faire de Busha un pilier de la finance technologique en Afrique.


