Le 2 février 2026 marque un tournant décisif pour l’écosystème technologique africain. La Banque Centrale du Nigeria (CBN) a officiellement dévoilé son rapport « Fintech Policy Insight », un document stratégique issu d’une consultation approfondie avec les dirigeants du secteur et des ateliers de travail menés en 2025.
Ce rapport est le signal le plus clair à ce jour que le régulateur conçoit activement la prochaine phase de croissance pour le leader de la fintech en Afrique.
Un écosystème nigérian aux chiffres records
La légitimité du Nigeria en matière de finance numérique n’est plus à prouver. Précurseur mondial, le pays a déployé des systèmes de paiement en temps réel dès 2011, bien avant les États-Unis ou l’Inde.
Les chiffres récents confirment cette dynamique exceptionnelle : près de 11 milliards de transactions ont été traitées via la plateforme NIBSS Instant Payment en 2024, contre 5 milliards en 2022.
Cette même année, les startups nigérianes ont levé plus de 520 millions de dollars en fonds propres, consolidant leur position de hub continental attractif.
Le nouveau « Playbook » de la régulation
Pour soutenir cette expansion, la CBN propose une approche inspirée du succès du Bank Verification Number (BVN). L’idée phare est la création d’un Forum permanent d’engagement fintech, calqué sur le Comité des banquiers, pour instaurer un dialogue trimestriel et une co-création de politiques publiques. L’objectif est de passer d’une surveillance descendante à une collaboration horizontale.
Innovation et mutualisation des services
Le rapport introduit également un Guichet Réglementaire Unique pour coordonner l’octroi de licences entre les différentes agences gouvernementales. Plus innovant encore, le concept de Compliance-as-a-Service (CaaS) propose une plateforme partagée permettant aux fintechs de centraliser leurs obligations de reporting.
L’objectif est clair : construire l’infrastructure une seule fois pour que toute l’industrie puisse en bénéficier, évitant ainsi les redondances technologiques coûteuses.
Une vision tournée vers l’avenir : IA et Open Banking
La CBN prévoit d’élargir son bac à sable réglementaire (sandbox) pour inclure l’intelligence artificielle, les paiements transfrontaliers et la finance intégrée. Avec une approche de type « tester puis codifier », le régulateur souhaite transformer les enseignements du sandbox en règles formelles.
Un calendrier précis a été établi : lancement du forum d’engagement et de la feuille de route sur l’Open Banking sous trois mois, et création d’un Conseil consultatif fintech d’ici dix-huit mois.
Un régulateur en mode partenariat
Historiquement, la CBN a souvent pris des paris audacieux, de la politique « cashless » lancée en 2012 à la régulation structurée des crypto-actifs sous l’administration Cardoso.
Avec plus de 67,8 millions de clients enregistrés via le BVN, la banque centrale prouve sa capacité à bâtir l’épine dorsale de la finance numérique.
Ce nouveau rapport suggère que l’institution a tiré les leçons du passé pour devenir une véritable machine de partenariat et d’exécution au service de l’inclusion financière.


