Aubrey Niederhoffer devrait normalement être en plein milieu de sa deuxième année à l’UC Berkeley.
Au lieu de cela, il se trouve à Lagos, à la tête d’une startup de 28 personnes, fraîchement nommé boursier de la prestigieuse Thiel Fellowship, et fort d’un financement d’amorçage de 7,3 millions de dollars.
La startup de Niederhoffer, Swoop, a officiellement lancé ses opérations de livraison de repas à Yaba — un quartier densément peuplé de la métropole nigériane. Cette entrée sur le marché est un pari audacieux dans un secteur qui a récemment vu le départ de géants internationaux comme Jumia Food et Bolt Food, mais aussi l’ascension fulgurante du champion local Chowdeck.
Un tour de table soutenu par les géants de la Silicon Valley
Ce tour de table a été soutenu par un syndicat d’investisseurs de la Silicon Valley et de fonds spécialisés sur l’Afrique, notamment Long Journey, Variant, Version One, Dune Ventures, Soma Capital — qui a précédemment soutenu la licorne nigériane Moniepoint — et Zero Knowledge Ventures.
La Thiel Fellowship, fondée par le milliardaire Peter Thiel en 2011, offre 250 000 $ aux jeunes talents pour qu’ils quittent l’université et créent des projets innovants. Elle compte parmi ses anciens élèves Dylan Field (CEO de Figma) et Vitalik Buterin (co-créateur d’Ethereum).
Le lien de Niederhoffer avec l’Afrique a commencé de manière inhabituelle : en jouant au jeu de géographie en ligne GeoGuessr durant son adolescence.
À 15 ans, il lançait déjà une société de recrutement axée sur la main-d’œuvre d’Eswatini. En août 2025, après sa première année à Berkeley, il a cofondé Swoop en Eswatini avec Edwin Ruiz.
La plateforme a acquis 6 000 utilisateurs dès son premier mois, poussant Niederhoffer à abandonner ses études, à accepter la bourse Thiel et à relocaliser l’équipe à Lagos pour viser un marché beaucoup plus vaste.
L’ambition d’une « Super App » africaine
La livraison de nourriture n’est qu’une première étape stratégique. Niederhoffer s’inspire des super apps asiatiques comme WeChat ou Kaspi, devenues des couches incontournables pour les services de marché, les paiements et la vie quotidienne.
Selon lui, l’absence d’infrastructures bancaires héritées en Afrique rend le continent idéal pour ce type de plateforme intégrée.
« En Afrique, il n’y a pas d’infrastructure bancaire héritée. Vous êtes en concurrence avec d’autres fintechs. Essentiellement, vous ne rivalisez pas avec les cartes de crédit », explique-t-il. « Elles ne sont pas populaires, et il y a là une opportunité immense. »
Une stratégie de croissance axée sur l’acquisition
Demola Adesina, directeur national de Swoop au Nigeria, a clarifié la stratégie : la livraison de repas est un indicateur de maturité de l’écosystème. Réussir dans ce domaine positionne l’entreprise comme le nœud central autour duquel d’autres services — épicerie, VTC, produits financiers — pourront être bâtis.
Swoop ne cherche pas tant à déloger les utilisateurs de Chowdeck qu’à séduire la vaste majorité des Nigérians qui ne commandent pas encore en ligne.
Pour éviter les structures de coûts qui ont coulé ses prédécesseurs, Swoop opère selon un modèle asset-light (allégé en actifs), utilisant des coursiers indépendants qui conservent 100 % de leurs frais de livraison.
Les revenus proviennent actuellement des commissions des restaurants et d’un frais de gestion client de 7 %, maintenu volontairement bas pour prioriser l’acquisition d’utilisateurs.
L’application a été entièrement reconstruite à l’aide d’outils d’intelligence artificielle avant son lancement à Lagos. Niederhoffer reconnaît qu’il reste des inconnues à gérer, notamment la performance du service lors des célèbres tempêtes tropicales de Lagos.


