L’histoire de la carrière technologique de Nahla Gamil ne peut être racontée sans évoquer ses fondations : l’école.
Bien que citoyenne égyptienne, elle a grandi en Arabie Saoudite. Après y avoir obtenu son diplôme d’études secondaires en 2013, elle semblait destinée à un parcours conventionnel dans l’ingénierie.
Elle s’installe au Qatar en 2013 pour étudier le génie électrique à l’Université du Qatar, une institution de recherche publique, mais elle confie que l’environnement ne lui convenait pas. « Je n’aimais pas vraiment être là-bas », se souvient-elle. « J’ai donc été transférée à l’Eastern Mediterranean University [EMU] à Chypre, et c’est là que j’ai poursuivi le reste de mes études. »
En 2015, lors de son transfert à l’EMU, Gamil choisit de continuer en génie électrique avec une spécialisation en énergie, tout en admettant se sentir à la dérive concernant ses aspirations professionnelles à long terme. « Les gens de mon âge ne savaient pas ce qu’ils voulaient devenir », dit-elle en réfléchissant à cette période précédant la découverte de sa niche.
Malgré ses doutes, elle excelle académiquement et craint qu’en entrant immédiatement sur le marché du travail, elle ne reprenne jamais ses études. Elle enchaîne donc directement avec un Master of Science (MSc) en génie électrique en 2018, réorientant sa spécialisation vers l’ingénierie des communications.
Pour subvenir à ses besoins, elle travaille de 2018 à 2020 comme assistante de recherche à l’EMU, enseignant la programmation en C et C++. Cette immersion dans le développement logiciel crée un premier lien avec la technologie, bien qu’elle ignore encore comment transformer cela en carrière.
COVID, tech et clarté
La pandémie mondiale de COVID-19 en mars 2020 a redéfini la trajectoire de Gamil. Un ami travaillant chez Microsoft lui conseille alors de se tourner vers l’industrie technologique, secteur le moins touché par la crise sanitaire. Cette conversation déclenche un déclic. En 2020, elle commence à chercher un emploi en gestion de projet avant même l’obtention de son Master.
En septembre 2020, elle décroche un poste de Project Manager (PM) chez Bit68, une société de développement de logiciels basée au Caire. À l’époque, l’entreprise ne comptait que 12 employés. « Quelque chose a cliqué avec l’endroit, avec le poste, avec ce que je faisais réellement », se rappelle-t-elle.
Pour combler ses lacunes techniques, elle multiplie les formations : un fellowship en Product Management chez Knowledge Officer, un cours sur les fondamentaux Agile via Udemy, et un diplôme en développement Web Full Stack. Bien qu’elle n’ait pas l’intention de devenir développeuse, Gamil voulait « parler la langue des développeurs » pour mieux comprendre les blocages techniques.
Cette expertise lui a permis de passer de la gestion de deux personnes en 2021 au poste de Head of Project Management en janvier 2022. En 2023, elle est promue Vice-Présidente (VP), avant de devenir officiellement partenaire chez Bit68 en septembre 2025.
Naviguer entre les erreurs de débutant
Au début de sa carrière, Gamil est tombée dans le piège de considérer son travail comme de la simple coordination administrative. Elle a vite réalisé qu’un bon PM doit comprendre les objectifs commerciaux du client et maîtriser les enjeux techniques pour assurer la viabilité d’un produit.
Forte de ses six années chez Bit68, elle conseille de ne pas quitter une entreprise simplement pour changer d’air. Selon elle, rester dans une structure en pleine croissance offre une influence et un apprentissage souvent absents des grandes organisations. Aujourd’hui, Bit68 est devenue une PME de 70 employés avec une branche à Dubaï.
Gamil a dirigé de nombreux projets de transformation numérique d’envergure, notamment la plateforme de banque en ligne pour MidBank et le développement d’applications pour Paymob.
L’IA et l’avenir de la gestion de projet
Actuellement, Gamil supervise l’intégration de l’intelligence artificielle pour automatiser les tâches chez Bit68. Un assistant IA nommé Adam, développé en interne, suit désormais tous les échanges et rappelle aux PM d’envoyer les comptes-rendus de réunion ou notifie la direction en cas de retard.
« Je ne vois honnêtement pas l’intérêt de quiconque dans le monde de la tech qui n’utilise pas l’IA. Elle est là pour remplacer le travail répétitif et inutile que nous faisons », explique-t-elle.
Dans dix ans, elle se voit toujours évoluer chez Bit68, avec l’ambition de voir l’entreprise ouvrir de nouvelles succursales à l’international tout en occupant un rôle encore plus stratégique.


