Chaque jour pendant un mois, Praise Olaoluwa s’est rendu au marché d’Eko, le cœur battant du commerce à Lagos Island. Il n’était pas là pour vendre, ni pour prospecter, mais simplement pour s’immerger.
Introduction
En partageant des déjeuners et des moments de vie avec les commerçants, il cherchait à comprendre les flux financiers de l’un des plus grands hubs commerciaux du Nigeria. C’est là qu’une question récurrente a tout changé : « Es-tu venu avec de l’argent pour nous ? ».
L’échec du modèle marketplace : une « vitamine » non essentielle
Au départ, Sharesell n’était pas une société de crédit. Lancée en 2022, la startup visait à structurer le chaos logistique des vendeurs WhatsApp.
Avec la pandémie, la vente informelle sur les réseaux sociaux a explosé, mais la chaîne d’approvisionnement restait fragmentée. Olaoluwa a d’abord bâti une marketplace connectant fournisseurs et revendeurs.
Le problème ? Les vendeurs ne percevaient pas leur méthode manuelle comme un problème. Pour Olaoluwa, Sharesell était alors une « vitamine » : utile, mais pas indispensable. Personne ne se réveille avec une douleur aiguë pour une vitamine. Il fallait trouver l’analgésique, le produit qui répondait à une urgence vitale.
Le pivot vers le crédit et l’importance du terrain
Après 500 jours d’itérations infructueuses sur la gestion des stocks, Olaoluwa a compris que le véritable frein n’était pas logiciel, mais financier.
Les banques traditionnelles ignoraient ces commerçants faute de garanties classiques. C’est ainsi que Sharesell est devenue une fintech spécialisée dans le crédit.
En lançant Pulse, leur produit de prêt, la demande a immédiatement surpassé l’offre. Cependant, une leçon cruciale a été apprise : ne jamais donner de cash directement.
Pour éviter que les fonds ne soient détournés vers des besoins personnels, Sharesell a opté pour le crédit adossé aux stocks. La startup achète directement les marchandises pour le compte du commerçant, utilisant l’inventaire comme garantie réelle.
Cap sur la rentabilité et la distribution massive
Aujourd’hui, au 1000ème jour, Sharesell compte une équipe de 10 personnes entre Lagos et Kaduna. Entièrement bootstrappée au départ, l’entreprise privilégie désormais la rentabilité face à un climat de financement frileux. Olaoluwa se dit désormais « obsédé par la distribution ».
Conclusion
Des discussions sont en cours avec des géants des télécoms pour intégrer les outils de Sharesell en marque blanche, ce qui permettrait de toucher des millions de PME nigérianes.
Dans une économie où le secteur informel représente près de 90 % du PIB, Olaoluwa estime que la collaboration et les acquisitions sont les clés pour numériser durablement le commerce africain.


